Borloo
déménage…
La bête aura son antre…
C’est maintenant officiel. Le Ministère de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement
durable et de l’Aménagement du Territoire (MEEDDAT),
la pétaudière du roi Borloo,
s’apprête à investir dans la pierre. La fine fleur de notre énarchie va
faire ses valises pour emménager dans building qui sera érigé dans le quartier
de la Défense. Le super-ministre nous explique qu’il s’agit de « donner une
unité et une cohésion au Ministère de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement
durable et de l’Aménagement du Territoire, qui regroupe aujourd’hui en son sein
des services provenant de différentes origines ministérielles : ex-ministère
de l’Equipement et des Transports, ex-ministère de l’Ecologie, ex-ministère
de l’Aménagement du Territoire, l’ex-direction générale de l’Energie et des
matières premières (anciennement rattachée à Bercy). » La première conséquence
de cette mesure est
évidemment de pérenniser l’hydre à quatre têtes, monstrueux ministère,
aussi tentaculaire qu’ingouvernable, qui regroupe sous sa tutelle la SNCF, EDF
et GDF, ou encore la RATP, la Direction de l’Aviation Civile, mais aussi le
transport maritime, l’urbanisme, l’habitat, la prévention des risques, l’équipement
routier et, last but not least, l’environnement. L’organigramme du ministère
de l’Ecologie, chef d’œuvre de centralisme et de concentration, aurait fait
pleurer d’émotion le Grand Timonier. Borloo nous protège,
Borloo nous transporte, Borloo
nous chauffe, nous éclaire, nous abreuve… Borloo est
tout à la fois Vesta, Mercure, Vulcain, Cérès, Uranus et Neptune, sans oublier
Bacchus !
Braderie du patrimoine national : tout doit disparaître !
Les milliers de fonctionnaires des échelons centraux du MEEDDAT,
aujourd’hui dispersés sur une dizaine d’emprises de la capitale, seront regroupés
dans un immeuble high-tech, censé permettre de limiter les coûts de fonctionnement
et d’économiser les loyers. En contrepartie, le principal hôtel du ministère,
avenue de Ségur, sera vendu. De prime abord, ce souci de cohérence paraît louable.
Mais à y regarder de plus près, il n’y avait rien de très choquant à ce que
des services qui n’ont aucun lien fonctionnel ne soient pas colocalisés…
On appréciera au moins qu’après le fiasco de ses villas à 100 000 euros, dont
seules 800 sont programmées en 2008 sur une cible de 30 000, Jean-Louis Borloo
ambitionne pour son administration d’accéder à la propriété. C’est en vain que
l’on chercherait à savoir combien coûtera l’opération,
et le ministre de l’aménagement du territoire d’ajouter « qu’une
telle construction est étudiée pour que le coût d’acquisition soit inférieur
au montant des loyers payés aujourd’hui. Toute publication d’un chiffre sur
le coût d’une construction future est à ce stade sans fondement. » Superbe non-sens
! Il est en revanche extrêmement clair qu’encore une fois, le patrimoine national
va être bradé et que l’ancien siège du ministère des PTT, immense bâtiment néoclassique
situé au cœur de Paris, sera cédé à un prix très inférieur à sa valeur. Les
contribuables peuvent d’ores et déjà s’attendre à une réédition de l’affaire
de l’Imprimerie Nationale, dont les locaux avaient été bradés au profit du groupe
Carlyle (l’employeur d’Olivier Sarkozy, demi-frère de Nicolas), avant d’être
rachetés par l’Etat quatre fois plus cher !!! A moins qu’une quelconque multinationale
ne s’offre ici un pied à terre avec vue sur la Tour Eiffel, tandis que nos
institutions s’exileront en banlieue.
Une aubaine pour les Hauts-de-Seine !
On pourrait imaginer que, dans un souci de développement économique, monsieur
Borloo envisage de s’installer dans une zone défavorisée.
Mais notre nouveau Colbert a ses raisons que la raison ignore. C’est donc dans
le quartier de la Défense, dans le département des Hauts-de-Seine qu’il élira
domicile. Or il se trouve que ce même département est le fief historique du
gaullisme d’affaires. Charles Pasqua, Nicolas Sarkozy, puis Patrick Devedjian
se sont succédé à la tête du conseil général de ce département d’exception.
Du fait des innombrables sièges sociaux de grandes entreprises qui y sont établis,
le Produit Intérieur Brut (PIB) des Hauts-de-Seine dépasse les 100 milliards
d’euros ! Le PIB par habitant y est le triple de la moyenne nationale ! Cette
opulence constitue une manne fiscale pour le conseil général dont le budget
annuel frise les 2 milliards d’euros !!! Il va sans
dire que le contrôle du
« 92 » est un enjeu, comme l’a révélé l’affaire Schuller,
du nom de l’ancien directeur de l’office des HLM des Hauts-de-Seine, condamné
pour trafic d’influence et abus de biens sociaux dans le cadre de marchés publics
qui servaient à alimenter les caisses du RPR. La gestion des affaires publiques
dans les Hauts-de-Seine est toujours agitée et les batailles électorales y sont
particulièrement acerbes, y compris au sein même de l’UMP.
Ce parti tire en effet une bonne part de sa puissance de la mise en coupe réglée
de l’économie locale, par l’intermédiaire de la Société d’Economie Mixte 92
(SEM 92) et de l’Etablissement Public pour l’Aménagement de la Défense (EPAD). L’EPAD est aujourd’hui présidé
par Patrick Devedjian, ce dernier ayant pour projet de faire de la Défense un
« Manhattan européen » (sic). L’implantation d’organismes publics dans le 92
est immanquablement une
source de retombées plus ou moins avouables pour le clan Sarkozyste, notre neuilléen de président
étant un enfant du pays ! Le ministère de l’Ecologie apportera bientôt son écot
à la munificence alto-séquanaise, à l’instar de Total,
M6 ou TF1…
Quand le bâtiment va, tout va !
Si monsieur Borloo dit n’avoir aucune idée du coût
de son futur palace, il est à gager que ce n’est pas le cas de tout le monde.
La société Bouygues, géant du BTP et de l’audiovisuel, sera immanquablement
en lice pour l’obtention du marché. Et bien sûr, Martin Bouygues, président
du groupe et parrain du petit Louis Sarkozy ne peut être suspect d’aucune collusion
pour emporter le morceau… Il faudrait vraiment être une mauvaise langue pour
rappeler que Bouygues a été, avec Carlyle, le grand bénéficiaire du mic-mac de l’Imprimerie Nationale évoqué précédemment… Et
quand bien même le moindre soupçon pèserait-il, nos merveilleux médias, si indépendants,
ne manqueraient pas d’en faire écho. Madame Béatrice Schoenberg-Borloo
pourrait même nous gratifier d’un scoop ! N’en doutons donc plus ! Le déménagement
du ministère de l’Ecologie and Co n’obéit qu’à des motifs honorables et
parfaitement désintéressés. Les quelques 500 millions d’euros que l’opération
coûtera au bas mot sont un investissement que quelques siècles devraient suffire
à rentabiliser ! D’ailleurs, d’autres estimables institutions s’apprêtent à
faire de même…
L’hexagone aura son Pentagone…
A l’instar du MEEDDAT, le ministère de la Défense
sera bientôt délocalisé. Délaissant leurs hôtels prestigieux, les états-majors
des trois armées vont se regrouper dans une enceinte unique qui sera construite
à Balard, sur le site de la Base Aérienne 117… Ce lieu est déjà hautement symbolique
puisque c’est là qu’en 1978, le soldat de deuxième classe Nicolas Sarkozy s’illustrait
à la plonge, démontrant une aptitude précoce à l’exercice des responsabilités
et manifestant un réel intérêt pour les questions de défense... Ainsi, le budget
de la Défense Nationale, déjà réduit à une peau de chagrin, servira pour les
dix ans qui viennent à engraisser les bétonneurs, tandis que nos équipements
majeurs, véhicules terrestres, avions et hélicoptères de transport, sont obsolètes
et globalement hors d’usage. Il semble donc que l’on s’achemine vers une nouvelle
vague « de grands travaux », tous plus
dispendieux, grandiloquents et inutiles les uns que les autres. Ayant
déjà compris qu’il ne sera pas réélu, Nicolas Sarkozy pratique la politique
de la terre brûlée. Décidant l’engagement simultané de dépenses aussi lourdes
qu’improductives, il ne mènera à bien aucun des chantiers entrepris. Loin d’investir
pour le développement du pays, notre lider minimo
l’endette toujours plus, pour le seul profit de ses « amis » et commanditaires,
et au détriment de l’indispensable renouvellement de nos infrastructures vitales.
Pierre
Damiens le 26 mai 2008