Un perroquet sème le trouble au conseil de Paris

 

Le musée d'art moderne de la ville de Paris s'est porté acquéreur pour une somme de 210.000 euros d'une oeuvre de l'artiste belge dadaïste Marcel Broodthaers mettant en scène un perroquet vivant dans une cage doré, entouré de deux palmiers, avec un magnétophone disposé sur une table et diffusant l'enregistrement du poème " Moi je dis Moi je dis " lu par l'artiste.

L'annonce de cette acquisition a soulevé l'indignation de certains élus parisiens sur le bien-fondé de celle-ci face aux nombreux problèmes de financement que rencontrent les jeunes créateurs dans l'Hexagone, la réponse de Christophe Girard, adjoint au maire en charge de la Culture a été cinglante: " C'est une dérive fort dangereuse que les élus s'immiscent dans des choix artistiques, c'est la porte ouverte au fascisme " demandant " que l'on fasse confiance aux professionnels et que l'on respecte le Musée d'art moderne de la Ville ".

On ne peut plus débattre aujourd'hui sans entendre ses réflexions classiques " fascistes, réactionnaires ", un réflexe pavlovien, qui revient lorsqu'on n'a pas d'arguments. Il est vrai que beaucoup de détracteurs de l'art contemporain se situaient très à droite, n'ayant toujours pas compris que l'idée même de beauté a évolué depuis que Lautréamont a chanté " la rencontre fortuite sur une table de dissection d'une machine à coudre et d'un parapluie ", depuis qu'André Breton a annoncé que la beauté " sera convulsive ou ne sera pas ".

Mais les élus opposés à ce projet ont semblé plus préoccupés par la somme que par l'œuvre elle-même. Car celle-ci est un objet particulier, les partisans de cette œuvre ont fait semblant de croire qu'en enfermant un perroquet en cage , on fait " un bond en avant " sur les chemins de la liberté. Ce n'est pas parce que l'on refuse de mettre un perroquet en cage que l'on est un affreux réactionnaire. Bien au contraire ! Les écologistes enfermés dans ce piège, pourtant opposés à l'utilisation du perroquet dans cette œuvre d'art, se sont abstenus lors du vote en faveur cette acquisition.

Comme le souligne Philippe Val dans Charlie Hebdo N°547 " Si l'art a toujours représenté les animaux, il se trahit en passant de la représentation à la présentation . L'art exige le consentement de ceux qui participent à sa réalisation (…) les animaux encagés n'ont rien à faire dans une œuvre plastique, et c'est la négation de l'art que d'ajouter de la crudité à la barbarie. Si l'artiste n'est pas capable de présenter l'enfermement autrement qu'en enfermant réellement un être vivant contre son gré, qu'a-t-il de plus que ceux qui ne sont pas artiste ? "

 

Fabrice Trochet

 

Le grain de sable