Les minorités contre la liberté
Par Maurice Gendre
C’est une vague de fond. Terrifiante et incontrôlable. La liberté d’expression est attaquée de tous les côtés. Fait nouveau : pour la première fois cette réduction des libertés n’est pas présentée comme une régression mais comme une avancée.
L’exemple le plus tragique et le plus sanglant à ce jour est sans nul doute l’assassinat de Théo Van Gogh. Le message envoyé est très clair : « Jouissez pleinement de la liberté d’expression mais si on vous descend il ne faudra pas vous étonner ». On ne sera d’ailleurs pas surpris des non-réactions de nos brillants « zintellectuels » dans cette affaire. Tous auraient dû faire le voyage à Amsterdam pour afficher leur solidarité, au lieu de cela, ils ont préféré rester vaillamment planquer à Saint-Germain-des-Prés. Mais qui s’en étonnera…
Parfois, les tentatives pour instaurer une nouvelle forme de censure sont plus subtiles. Le 22 novembre, sur le plateau de Denisot, le rapper Akhenaton présenté par les ignobles journalistes comme le chef de file des modérés, demandait ni plus ni moins que notre démocratie réintroduise un délit de blasphème ! Ce dernier regrettait que certains historiens « osent » déclarer que si l’on jugeait le Prophète avec nos critères moraux actuels « il serait considéré comme un tyran ou un assassin ». Apparemment, ce point de vue heurte les oreilles chastes du leader de I am. Il est évident que le massacre de la tribu juive des Quraiza en 627 était un acte d’amour comme chacun sait… Et ne comptez pas sur l’actrice Ardent (présente dans le studio) ni sur l’ancien président du PSG pour protester. Trop risqué il faut assurer ses arrières.
Autre affaire emblématique : la future loi sur l’homophobie. Ce gouvernement de droite trop effrayé d’être débordé par la gauche sur le terrain décidément très porteur du « vote communautaire » n’hésite pas à aller contre l’avis de la commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) pourtant peu suspecte d’homophobie larvée ! La CNCDH s’est prononcée contre une loi spécifiquement tournée vers les homosexuels soulignant - à juste titre - que ce nouvel arsenal juridique ne ferait que compartimenter un peu plus la société française qui est déjà très largement morcelée. Effectivement, notre système judiciaire est déjà parfaitement armé pour lutter contre les atteintes à l’intégrité physique ou morale des personnes. De plus, rien ne garantit qu’une branche activiste de la communauté gay ne saisisse cette occasion pour brandir l’accusation d’homophobie dans n’importe quelle situation. Pourra-t-on encore dénoncer la régression festive que constitue la gay pride, se moquer de la mascarade ridicule de Bègles, critiquer le lobbying intensif de cette communauté auprès des majorités municipales parisienne et lyonnaise sans craindre d’être traîné en justice ? L’Eglise aura-t-elle encore le droit de stipuler que selon ses dogmes un mariage ne peut être contracté qu’entre deux fidèles de sexe opposé ?
Une frange ultra-radicale de la communauté juive est également responsable de ce climat liberticide. Après s’être débrouillé pour faire voter à l’Assemblée la loi Gayssot (loi scélérate par excellence), ces derniers font dans l’annulation de spectacle. Dieudonné en a fait les frais.
Reproche formulé : il s’est rendu coupable selon eux d’un sketch trop farouchement antisioniste chez Fogiel.
Autre victime récente du zèle ultra-sioniste : le pamphlétaire communiste Alain Soral. Des miliciens (du Betar ou de la Ligue de défense juive) ont tenté de le lyncher lors d’une dédicace. Des admirateurs de l’écrivain ont également été frappés. Là encore, hormis des propos très consensuels tenus par Delanoë, on attend encore la riposte de la France d’en haut face à des actes aussi manifestement liberticides.
Toutes ces anecdotes m’amènent inéluctablement à dresser un constat spenglérien : la France se suicide lentement mais sûrement. Le visage qu’elle présente est de plus en plus herzégovinesque. Et le moins que l’on puisse dire c’est que les artistes, les journalistes et les politiques ne font rien pour remédier à cela.