Le romancier catalan, Manuel Vázquez Montalbán, est mort
à 64 ans.
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insi ce fut à Bangkok, entre deux conférences, un arrêt cardiaque dans un terminal aérien… loin des ramblas.
Essayiste, poète, chroniqueur et romancier prolifique, Manuel Vázquez Montalbán laisse son personnage, Pepe Carvalho, orphelin.
Le détective privé, barcelonais comme son patronyme ne l’indique pas(1), fin cuisinier, ex agent de la CIA, cynique, désabusé et anarchiste non pratiquant, a largement contribué à la notoriété de l’auteur catalan.
Des romans « plus ou moins policiers. » Montalbán voyait une continuité entre subnormalité et la série des Carvalho, laquelle correspond à un projet : « (…) décrire l’évolution de la société espagnole depuis la mort de Franco jusqu’à l’infini. »
Le moyen, le roman noir, peut paraître classique mais Montalbán brouille les pistes et fait voler en éclats les conventions. D’ailleurs, il n’a jamais aimé qu’on le considérât comme un auteur de polars et révélait plutôt écrire des romans « plus ou moins policiers .»
Carvalho entame ainsi sa première enquête en 1974 et Tatouage renouvelle de façon heureuse les canons de la littérature noire.
Pepe Carvalho, détective gourmet, anarchiste nihiliste s’adonne à des rituels récurrents… faire la cuisine, l’amour à sa petite amie – Charo, pute recevant en appartement – et brûler des livres dans la cheminée de sa maison. Pourquoi ? Parce que la culture ne lui a rien appris : Carvalho est « un moyen technique qui cuisine et brûle des livres pour se venger de la culture ! »
Des romans descriptifs et réflexifs qui permettent de prendre la mesure d’un pays en mutations. Fin du franquisme, transition démocratique et… désillusions, le tout ressenti depuis la capitale de la Catalogne.
En effet, les enquêtes de Carvalho mettent au premier plan sa cité, Barcelone, refuge incertain (l’on fait main basse sur la ville) de la mémoire du détective et laboratoire de la postmodernité.
Les adjuvants de Pepe se révèlent fragiles également : Biscuter, secrétaire d’un genre inédit, ex petit malfrat sans envergure et sans chevelure, homoncule doté d’un savoir faire culinaire hors pair ; Charo, prostituée donc, mais pas maquée ; Bromure, vieux cireur de chaussures et indic… un pignon sur rue/ à la rue que cet autrefois légionnaire fasciste. Tous trois ont accompagné le désenchantement et le scepticisme grandissant de Carvalho, de Montalbán.
Bromure est mort en cours de route tandis Pepe lui-même se
voyait accorder un sursis en 1997, « mais avant l’échéance de l’an
2000, avant la fin du millénaire, Carvalho doit disparaître. »(2)
De gros romans, des chroniques. Virulence, ironie, passion de la recherche documentaire, Montalbán a également mis ses compétences au service de productions romanesques plus denses. De ces œuvres sans Carvalho, l’on tirera un plaisir nuancé. Galíndez, Le Pianiste, La Joyeuse Bande d'Atzavara, Ménage à quatre et Moi, Franco – fausse autobiographie du dictateur – participent de ce cycle « mémoire historique ».
Fort de cette remarquable productivité, Montalbán s’est imposé comme un intellectuel de renom, donnant conférences et signant régulièrement dans la presse ibérique et internationale (Monde diplomatique…). Ainsi, les aficionados attendaient-ils, chaque lundi sa chronique acérée, intransigeante avec les conservateurs au pouvoir, dans le quotidien madrilène El Païs.
Plus récemment, une coproduction européenne tentait la gageure de l’adaptation du Pepe en série TV. Arte, partie prenante devrait assez logiquement rediffuser sous peu et l’on pourra, sans état d’âme, passer outre !
Alors, il nous faudra attendre patiemment la parution des dernières aventures de Carvalho :
« Avant l’an 2000, Carvalho fera le tour du monde avec Biscuter, sur le modèle de la relation entre Don Quichotte et Sancho ou entre Phileas Fogg et Passepartout dans le Tour du monde en quatre-vingts jours. »(3)
Milenio, titre du
manuscrit, sortira début 2004 et après vous, M. Montalbán…
Vendredi
17 octobre 2003.
(1) Carvalho
[karvaljo], le père du détective était originaire des Asturies, tout près
du Portugal.
(2) et (3) Avant que le millénaire nous
sépare (1997)