Le Dilettante a eu la judicieuse idée de republier Au régal des vermines depuis longtemps épuisé. L'intérêt de cette parution est aussi la préface intitulé « Le Vingt-sept Livre » où Nabe nous livre de savoureuses avec son ancien voisin Michel
Houellebecq . Coïncidence étonnante : ces deux écrivains ont habité à la même adresse. La plupart des livres parus sur Houellebecq sont ternes, plein de ressentiments et surtout sans intérêt ; celui-ci est très jubilatoire Les anecdotes abondent. On rit de suivre Houellebecq passant des heures au Monoprix à draguer une grande noire en vain.
Ce qu'on reproche le plus à Houellebecq ce n'est pas le texte par lui-même « Sur le fond, ta Possibilité d'une île ne dérange personne, Michel. Ce qu'il y a de plus « scandaleux » dans ton livre, c'est qu'il a du succès. La société marchande ne supporte pas qu'on lui montre qu'elle est. »
Nabe fustige toujours autant la médiocrité, le mensonge. D';ailleurs il ne flatte personne même pas ses fans.
« Quand à la vérité, qu'elle crève, cette conne ! Elle ne m'a apporté que des emmerdements ! Mentons ! » Peut-être est-ce son dernier livre comme il a l'air de le prétendre à la fin de cette longue préface.
A la sortie d'Au régal des vermines, Nabe fut considéré comme le parfait salaud.
« (...) je sais pourquoi je suis un criminel : parce que je n'écris pas de livres normaux, bien objectifs, sériés, intelligents, cohérents et structurés. » Il se doutait que ce livre ne pouvait plaire à la société. « Voici un livre dangereux, pour moi, pour vous. »Ce qui transparait dans ce livre c'est cette liberté de ton que l'on n'a plus l'occasion de lire. Nabe est vraiment un esprit libre, inclassable, irrécupérable donc dérangeant.
Dans ce livre on peut y lire des pages magnifiques sur le jazz, Léon Bloy, Céline et aussi Lucien Rebatet, un écrivain maudit dont il a l'outrecuidance de proclamer son admiration.
Ses pages sur ces rebelles, ces faux subversifs de plus en plus envahissant sont toujours d'actualité.
Ce qui est le plus touchant chez Nabe et ce livre le confirme c';est sa sincérité, son courage, sa sensibilité, son impertinence, le sens aigu de l';observation, son ambiguité comme tout être humain.Fabrice Trochet le 19 février 2006