Panique au Monde

 

Enfin, le livre tant attendu de Pierre Péan et Philippe Cohen La Face cachée du "Monde" est sorti. C'est une véritable bombe dans le monde très consensuelle de la presse française, avec une masse impressionnante d'informations à charge contre Le Monde. La panique à bord de ce quotidien de référence semble confirmer les accusations de Péan et Cohen.

Le Monde n'a toujours pas réfuté le contenu de ce livre, et pour cause : tout est solidement argumenté. Leur seule réaction est de calomnier les auteurs comme à leur habitude. Laissant sournoisement et insidieusement planer sur Pierre Péan, Philippe Cohen, sur leur éditeur Claude Durand, ainsi que sur le directeur de L'Express, Denis Jeambar, une infamante imputation d'antisémitisme (Le Monde, 26 février 2003). La ligne de défense constante du "Monde" est et demeure, immuable depuis la prise de pouvoir par la troika C-P-M: ne pas répondre aux questions dérangeantes, ne participer à aucun débat contradictoire, mais dénigrer ,disqualifier, calomnier pour enterrer les questions à defaut de pouvoir étouffer les questionneurs. Le monde consacre aussi un article de six lignes à PLPL (le bimestriel Pour Lire Pas Lu) qui serait l' inspirateur de ce livre en insinuant que le premier numéro de PLPL était " entièrement consacré au Monde " ce qui est une erreur, et en rajoute, avec une citation tronquée.



Le Monde évite d'aborder le problème de fond et cherche plutôt à dissimuler les critiques dont il est l'objet. Comme le dénonce PLPL " Il n'a à ce jour réfuté aucun des éléments de preuve qui fondent les accusations de népotisme, de connivence, de balladurisme militant et de trafic d'influence, détaillées dans PLPL depuis juin 2000 et, plus récemment, dans les livres de Pierre Jourde (La Littérature sans estomac), de Daniel Carton (Bien entendu, c'est off) puis de Péan et Cohen. "

Leur seule défense est la calomnie. Les dirigeants du Monde n'ont même pas conscience qu'ils s'enfoncent de plus en plus en utilisant une arme dont on les accuse. Ainsi dans un article daté du 25 février 2003" Le journal est la cible d'attaques croisées des extrêmes dans des livres pamphlétaires et des libelles depuis les années 1950 ", il insinue que toute critique de ce journal proviendrait de l'extrême droite, ce qui permet de disqualifier tous ceux qui osent émettre un jugement défavorable au Monde. Pour cela, ce journal n'hésite pas à réécrire le passé à leur manière : Boris Souvarine, juif réchappé du stalinisme et du nazisme, est associé à Jean Madiran, directeur de "Présent".(Voir à ce sujet Quand Le Monde se prend les pieds dans sa " contre-attaque" sur le site de l'homme moderne)

Mais revenons au livre. C'est un livre très important qui permet de comprendre un peu mieux toutes les coulisses des affaires politiques et financières de ces dernières années. Ce que les auteurs reprochent au Monde, ce n'est ni son engagement ni sa subjectivité mais d'user de sa notoriété afin d'influencer la vie économique et politique selon ses propres intérêts, des motivations qui n'ont strictement rien à voir avec le journalisme. Par exemple : son lobbying - facturé - en faveur du quotidien gratuit 20 minutes, l'intervention de la direction du Monde auprès du gouvernement de Lionel Jospin au profit des Nouvelles Messageries de la Presse Parisienne, suivie de la facturation de ses services pour "participations aux réunions, tables rondes, assistance et conseils en communication", à hauteur d'1 million de francs. On y apprend comment Colombani a tout fait pour détruire Chirac en jouant la carte Balladur aidé en cela par son compère Alain Minc, dirigeant du Conseil de surveillance du journal, l'" alliance discrète " passée entre Edwy Plenel et Charles Pasqua. Les relations entre Jean-Marie Messier et Colombani y sont minutieusement décrites et notamment les relations financières avant une rupture qui a débouché sur une campagne contre Jean- Marie Messier. Plenel lui " noue ainsi avec Deleplace (responsable de l'un des principaux syndicats de policiers au début des années 80) une relation privilégiée qui, pendant près d'une dizaine d'années, dépassera celle qui peut normalement exister entre un journaliste et un informateur. (…) Deleplace demande à des policiers de mener des enquêtes parallèles, en dehors de leurs heures de service, pour le compte du journaliste du Monde! ".

Dorénavant la lecture de ce quotidien de référence sera différente. Une institution est tombée. Fort heureusement, les médias n'ont pas été intimidés par Le Monde, même si l'Express pour en avoir le premier parlé de ce livre en a fait les frais, et comme promis est poursuivi. Mais c'est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Le Monde a accumulé erreur sur erreur et continue dans ses différents articles. La France est bien un pays particulier ; c'est la seule démocratie au monde où un seul quotidien domine. Cette particularité française ne peut qu'entraîner des dérives. Ce qui manque le plus dans notre pays est une pluralité de journaux.

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Fabrice Trochet