Les quotas raciaux : une solution raciste ou antiraciste ?

 

Calixthe Beyala dirige le « Comité pour l’Égalité », lequel prône la politique des quotas « noirs-blancs ». La première question qu’on est en droit de se poser est de savoir où madame Beyala situe les asiatiques ou les arabes. Passons, ça fixe déjà les bornes de sa crise de nerf qui se travestit en réflexion humaniste… Le problème c’est que d’ici peu, on va avoir affaire à un clown intégriste qui prétend, comme tout le monde, faire de la « politique autrement ». C’est en prônant ce genre de « réflexion humaniste » que l’inénarrable Dieudonné a eu accès à nombre de plateaux de télévision.

Toute politique de quotas est nauséabonde, et à deux points de vue.

D’un point de vue théorique, l’idée même d’un quota n’est rien d’autre qu’une discrimination. « Discrimination à rebours, », « discrimination positive », comme on se plaît à la qualifier (parce qu’on assume très bien cette forme-ci de discrimination, moi pas savoir pourquoi).

Ces velléités de quotas contredisent purement et simplement le principe d’égalité des individus, qu’ils soient noirs ou blancs, de la même façon que les quotas hommes-femmes insultent les femmes et le même principe d’égalité. Au kilo, allez hop ! Combien de kilos faut-il pour satisfaire les pro-quotas ? Y en a un peu plus, je vous le laisse ? Oops, non surtout pas, on fait des maths, là, merde…

En France, les discriminations raciales sont en théorie réprimées, par le Code pénal en particulier, qui contient des incriminations pour tous types de discrimination raciale, qu’elle soient le fait d’un employeur privé ou d’un dépositaire de l’autorité publique, aux différents stades du recrutement, du traitement dans l’entreprise ou le service public, du licenciement… Des sanctions visent aussi les comportements racistes lors des contrôles de police, des actions en justice. Des dispositions civiles et pénales sanctionnent encore toute déclaration raciste, tout appel et toute incitation à la haine raciale (parfois au mépris de la liberté d’expression, selon certains. On leur objectera que les opinions sont sujettes à débat, mais que certains faits, comme la réalité des chambres à gaz ou l’égalité intrinsèque des individus, ne le sont PAS).

Les textes garantissant une égalité entre tous EXISTENT. Leur mise en application est une autre histoire, pas difficile à reconnaître. Mais je ne vois pas en quoi une politique de « quotas », ou une « Black Pride » telle celle que se propose d’organiser l’immense connard porte-parole des « Verts » cet été, apporteraient un « plus » dans cette lutte contre le racisme. Les textes existants suffisent à assurer cette lutte, si tant est qu’ils soient appliqués à la lettre.

Ce n’est pas la législation qu’il faut changer, mais les mentalités. Un classique, vous allez dire. C’est dire que cette vieille carne d’École « de la République » a ici un rôle à jouer qu’elle a depuis longtemps abandonné : enseigner les différentes cultures, les différentes sensibilités politiques et religieuses. En faire un objet de connaissance, de réflexion, et non pas un sujet tabou qu’il est dangereux d’aborder sous peine d’être taxé de prosélytisme ou de racisme. Par crainte, par frilosité politiquement correcte, on nie toute différence, on aplatit toute particularité, et on noie dans un grand gloubiboulga humanitaro-bien-pensant l’histoire des cultures et des hommes. L’instruction civique est réduite à la portion congrue, et ne consiste plus qu’à enseigner les faits d’armes d’organisations hypocrites comme SOS Racisme. La laïcité à l’école est un principe sur lequel on se crispe tellement qu’on n’ose à peine parler de politique, et surtout pas de religion, au lieu de souligner les désastres auxquels conduisent les idéologies sectaires et xénophobes.

Or, à mon avis, devant les montées en puissance conjointes des intégrismes et du racisme, la laïcité républicaine ne peut se contenter d’être une fade neutralité silencieuse. La tolérance, le « respect d’autrui », dont on nous rabat les oreilles ne passent que par une bonne connaissance des autres cultures, et des idées diverses. Le racisme, la xénophobie se développent uniquement dans l’obscurantisme et l’ignorance, ça tout le monde le sait puisque de sinistres buses modèle Harlem Désir l’ont ressassé pendant des années devant les caméras. Ce qu’on dit moins, c’est qu’à cet « obscurantisme », à cette imbécillité de clocher, ont largement contribué des programmes scolaires politiquement corrects, frileux et connement égalitaristes. Nier les différences n’est PAS une arme contre ceux qui érigent ces différences objectives en hiérarchies nauséabondes. L’intégration est un vœu pieux qu’agitent dans le vent politiciens, sociologues et universitaires pour masquer les lacunes dangereuses de leurs discours larmoyants sur les Droits de l’Homme.

Quelle hypocrisie de ne pas enseigner, d’un point de vue culturel, les différentes religions. La Shoah est évoquée aussi rapidement que n’importe quel autre acte e guerre. Les génocides sont amputés de leur charge émotive.

Je suis le premier à dire qu’une religion relève de la sphère du privé, et qu’on est libre d’en adopter une ou pas, quelle qu’elle soit, mais de fait, celles dont on ne relève pas nous restent à jamais mystérieuses. Les autorités sont tellement effrayées à l’idée de se faire taxer de prosélytisme, qu’elles refusent d’aborder le sujet, et nient frénétiquement les particularités objectives de chaque communauté ethnique ou religieuse. Au lieu d’un enseignement clair et objectif de ce qu’est l’Islam, on tait toute allusion au Coran, et on laisse les esprits dans une ignorance craintive, propice à tous les extrémismes de pensée. Surtout, ne choquons pas telle ou telle communauté, à commencer par le français bon teint qui s’indignerait de ce qu’on enseigne à ses moutards l’histoire de l’Islam, « et pis quoi encore » !

Ca arrange drôlement les progressistes droit-de-l’hommistes d’ainsi refuser d’égratigner les différentes communautés religieuses, ethniques ou intellectuelles : en même temps on n’égratigne pas non plus le gros con-servateur, embourgeoisé dans ses convictions beauf de suprématie de la culture « françaïïseuh ».

Et pour combattre les effets ravageurs de cette incurie hypocrite, on propose maintenant de mettre à bas la colonne vertébrale morale des démocraties occidentales, la méritocratie, l’égalité des chances, pour y substituer une politique des quotas raciaux, ou sexuels, parce que la parité procède de la même escroquerie mentale, digne des planifications soviétiques.

C’est remplacer l’égalité des chances, fondement de bon sens des sociétés démocratiques libérales (sens historique, ramenez pas Madelin là-dedans), seul fondement propre à stimuler l’initiative et la création… par une monstrueuse égalité des résultats, stalinienne, anti-créatrice, régressive et sclérosante.

D’un point de vue pratique, on ne peut ni ne doit imposer à quiconque des quotas de noirs, de jaunes ou de bleus, comme le souhaite cette sinistre hypocrite, Beyala. Les principes de liberté du travail et d’égalité des chances s’y opposent. Prenons le cas d’un employeur normalement constitué ; on peut estimer (espérer ?) qu’il recherche avant tout la compétence de ses salariés, et n’a cure de leur couleur de peau. Il opère certes un calcul bassement économique, très peu « noble » aux yeux des chantres des droits de l’homme à tout crin : il recherche le rendement. Il doit recruter 10 personnes. Mais 5 noirs et 5 blancs, selon l’optique de ces terroristes mentaux. Et cet employeur devra s’en tenir là, quitte à écarter des candidatures plus compétentes, que celles-ci soient le fait de noirs comme de blancs.

On m’objectera que beaucoup d’employeurs n’ont pas une telle grandeur d’âme, et repoussent systématiquement les candidats de couleur. On me montrera tous les cas où les employeurs, les bailleurs ou même les flics auront un comportement ouvertement ségrégationniste. On me chantera les merdes de Zebda, pour donner dans le folklore communautaire à deux balles, aussi. On me dira que je pêche par angélisme. Que la politique des quotas fera avancer les mentalités, en forçant les racistes à employer des noirs, et en habituant tout le monde à voir des noirs à tous les postes.

Laissez-moi me marrer : Ha. Ha.

Merci.

Au contraire, une telle politique ne ferait qu’aiguiser les antagonismes. Pour lutter efficacement contre le racisme, je vois qu’une éducation solide, tous azimuts, débarrassée de sa frilosité merdique, et PAS une politique venue d’en haut. Ce principe stalinien d’égalisation forcée ne mène nulle part, les « théoriciens » racistes n’en tireront que de nouveaux arguments pour alimenter leur discours immonde.

Les quotas ont été utilisés aux USA, l’« affirmative action » : toutes les études prouvent aujourd’hui que c’est un échec. La Californie renonce aujourd’hui à cette stratégie, dont les plus progressistes des partisans reconnaissent aujourd’hui qu’elle n’a fait qu’aiguillonner les comportements racistes et les affrontements inter-ethniques. Mais quelques grandes âmes en France y voient néanmoins un progrès des Droits de l’Homme. 

Ah bon. Ça doit être la « politique autrement ».

Dites-moi si une jeune noire vivra mieux le fait d’avoir obtenu un emploi uniquement parce qu’elle est noire, que le fait de n’être pas  embauchée uniquement pour cette raison ?

Certes, dans le premier cas, elle aura obtenu un emploi. Mais à quel prix ? Elle sera intégrée, de façon empirique, à une société qui aura institutionnalisé le racisme, et en aura fait une politique quotidienne. J’ai un taff parce que je suis noir. J’ai un poste à responsabilité parce que je suis une femme. Autant dire qu’on aura accès à ces postes grâces à des particularités dans lesquelles nous ne sommes pour RIEN.

Je suis gaucher ; je devrais pouvoir prétendre à n’importe quel poste grâce à ça, en fait. Y en a marre, de l’ostracisme condescendant des droitiers. Avec leurs ciseaux, leurs joysticks et leurs OCB. J’vais peut-être même me présenter.

Les raisonnements staliniens de Beyala et consorts sont une menace aussi grave que le racisme lui-même. Ces deux extrêmes classent les individus, les mettent en équation, les compartimentent et les coupent les uns des autres.

Mais l’homme ne se met pas en équation : la dernière fois, l’opération a visé à en supprimer 6 millions.

Koozil

Le grain de sable