Supplément au roman national - Jean-Eric Boulin
Cela fait déjà quelques années que nombres d’individus, généralement décriés, s’élèvent contre une
forme de politiquement correct française qui fait que l’on ne peut plus dire les choses telles quelles sont. Pendant longtemps on est ainsi resté silencieux sur l’Islam, l’immigration, etc.
Parler de ces sujets engendrait un sentiment de rejet. Il valait mieux se taire si l’on ne souhaitait pas l’excommunication médiatique, parfois même familiale ou relationnelle.
Et puis, le 11 septembre aidant, les crises sociales s’aggravant, les émeutes éclatant en banlieue, Sarkozy et d’autres reprenant à leur compte les propos de Le Pen, les langues ont fini par se délier.
On peut aujourd’hui et c’est récent - beaucoup plus facilement s’exprimer calmement et intelligemment sur ces sujets sans risquer l’opprobre.
C’est ainsi que le livre Supplément au roman national que l’on pourrait traduire plus simplement par Suite à l’Histoire de France, nous livre un portrait de la France contemporaine. Il y a des noirs, des arabes et des blancs. Les arabes et les noirs sont de plus en plus nombreux pendant que les blancs disparaissent et leur civilisation avec eux supplantée par l’Islam.
On pourrait se dire que l’oeuvre de Boulin est remarquable de clarté, osant dire des choses trop longtemps retenues ?
Pourtant, c’est avec un sentiment étrange que j’ai lu ce premier roman. Loin d’être mal écrit, le style de cet ouvrage est tout de même très particulier ; utilisant de nombreuses phrases sans verbes, ses descriptions sont précises, mais procurent au lecteur comme un malaise, une impression de contact avec un couperet froid.
Malgré la muraille du politiquement correct, certains écrivains, comme Houellebecq, avaient analysé et raconté l’effondrement de la société française. Les livres de Houellebecq sont considérés comme ternes par certains lecteurs alors qu’il est pourtant facile d’y déceler de l’humour au second degré. Supplément au roman national, lui, n’est pas très drôle, même s’il y est fait référence à l’auteur des Particules Elémentaires et si l’un des personnages principaux du roman ressemble à un mélange entre Richard Durn (le meurtrier du conseil municipal de Nanterre) et Bruno (héros du roman de Michel Houellebecq).
Utilisant la technique de l’anticipation, Jean-Eric Boulin nous propulse avec ses personnages jusqu’en 2007, aux élections présidentielles bien sûr, mais aussi après. A nouveau, il est possible de faire un lien avec les Particules Elémentaires qui lui aussi se termine en roman d’anticipation.
Pourtant, cette date butoir, terminaison de l’histoire, nous révèle peut-être le véritable but recherché par l’auteur. Il s’agirait ainsi d’un texte engagé écrit pour les élections prochaines. Cela pourrait d’ailleurs expliquer qu’un jeune auteur soit aussitôt connu, dès son premier ouvrage.
Politiquement, même si ce roman ose dire des choses qu’il fallait encore taire il y a quelques mois - comme la disparition de la population française dite « de souche », par le simple fait de la dénatalité et du métissage avec d’autres populations il fait le silence sur les émeutes de novembre 2005 et leurs conséquences, à savoir plus d’argent pour les banlieues, des politiques de discrimination positive, une accentuation des excuses de la France accusée de tous les maux, de la colonisation à la faillite de l’Afrique moderne, en passant par l’esclavage.
La culture belliqueuse de l’Islam est relativisée dans ce roman. Les Français de souche d’une part et les « autres » d’autre part sont décrits comme voulant tous faire partie de la France, mais bien sûr, chacun à leur image.
Je crois qu’Eric Boulin se trompe. Car imaginer la France, c’est la penser pour elle-même, pour ce qu’elle est, son Histoire, colonisation et traite des noirs comprises. Imaginer une France différente, coupée de son Histoire, c’est rêver d’autre chose qui n’est pas la France.
Les nombreux immigrés qui son intégrés, ou qui souhaitent simplementfaire partie de notre société ne sont pas anti-Français.
En oubliant cela, Jean-Eric Boulin fait le jeu d’une forme de relativisme consistant à croire que finalement tout le monde est sympathique et peut très bien s’entendre. Cela rappelle certaines idées de « l’extrême centre », parfois intéressantes mais aussi souvent naïves.
La réalité actuelle est beaucoup plus conflictuelle. Jean-Eric Boulin semble pourtant s’en apercevoir un peu car il n’hésite pas à évoquer le spectre de la guerre civile prochaine.Supplément au roman national, Jean-Eric Boulin, Stock
Stéphane Curet le 14/10/2006
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