L’AFFAIRE DANTEC
Maurice
G. Dantec, auteur chez Gallimard de La Sirène Rouge, Les Racines
du Mal, Babylon Babies, Villa Vortex et de deux tomes de
journaux métaphysiques et polémiques intitulés Le théâtre des opérations,
se retrouve aujourd’hui désigné et dénoncé par la pléthore journalistique
officielle (en l’occurrence Libération et Le Monde). Chef d’accusation :
fasciste, délit : un courrier adressé à M. Fabrice Robert membre du Bloc
Identitaire (ex Unité Radicale) où Dantec, abonné à la newsletter dudit Bloc,
exprime à la fois son désaccord profond et
ses points d'ententes avec cette organisation classée à l’extrême droite.
L’on pourra toutefois se demander d’où surgit la médiatisation subite de ce
courrier.
Je ne discuterai pas ici du contenu de la lettre de Dantec, et de certaines de ses affirmations auxquelles je n’adhère pas. Mais cela ne regarde que Dantec et moi. L’urgence est ailleurs. A nouveau les avatars de la vertu ouvrent grand leurs gueules mortifères. Depuis longtemps ils rongeaient leur frein, ils attendaient, un jour viendrait, ils accompliraient leur vengeance les rabougris mandarins francaouis, un léger écart vers une nébuleuse mal famée, et les voilà jouissant à petits jets de petites saccades de ressentiment sur leur proie : Maurice G. Dantec. On n’aime pas les guerriers à Saint Germain des Prés. Encore moins quand ils ne sont pas issus des sérails où il fait bon naître, grandir, hériter et baver. L’autodidacte fils de prolo Dantec dérange au pays des courtisans et des ronds-de-cuir. Et Dantec n’avait pas besoin d’être abonné à la newsletter ddu Bloc Identitaire pour être taxé d’infamie par la bien-pensance hexagonale. Mêler Burroughs et De Maistre, Bloy et Ballard suffisait déjà à sa disqualification. Alors lorsque le combattant Dantec s’affirma pro-israélien, pro-américain et Chrétien, lorsqu’il s’exila volontairement de l’indigence franco-européenne et devint l’adversaire acharné et valeureux du nihilisme et de ses métamorphoses, nos dévots contemporains commencèrent à l’assigner à leur comité de salut public. Avant la mise au ban, le procès en sorcellerie, et le sempiternel réquisitoire (bref mais incomparablement efficace) : fasciste, l’ultime accusation, elle clôt tout débat, toute discussion. Dantec n’est pas de ceux qui se pignolent en secret sur Rebatet pour ensuite, chez Ardisson et Fogiel, défendre sans rougir une enquête bidonnée sur un journaliste américain et donner des leçons de moraline. Dantec assume, aussi ses courriers adressés au Bloc Identitaire. Saluons là son honnêteté intellectuelle et son courage. Et merci d’écouter et de lire ce que Dantec nous écrit, plutôt que d’aboyer, bêler et crachoter. Qui aurait hurlé au loup si Dantec s’était abonné à Rouge ou à Lutte Ouvrière ? Faut-il à nouveau que je rappelle ce que signifie la dictature du prolétariat ? Que Trotski et Lénine furent responsables et coupables de génocide ? Et qu’aucuns bobos de Bastille ne s’offusquent de l’ultra présence des leaders totalitaires Besancenot et Laguiller dans les médias ? (Sans compter que ces crétins, entre deux sushis bio, iront voter en souriant pour les partisans du Goulag). Mais le parti intellectuel, bien-pensant et libertaire – « le front moral de l’hypocrisie » Nimier – a choisi son totalitarisme préféré : le gauchisme cool anti-OGM, modèle humanitaire de nihilisme branché.
Enfin je laisserai le soin de conclure à Dominique de Roux qui en 1974 dans La France de Jean Yanne dressait déjà le portrait de notre charmante nation : « Dans la France statufiée, qu’elle soit bourgeoise ou qu’elle s’affirme « révolutionnaire », droite, gauche, les mandarins s’arrangent entre eux, unilatéraux jusqu’au fanatisme, pratiquant la gesticulation libérale des colonels grecs, mais prêts à ouvrir des camps de rééducation, s’ils avaient un jour le pouvoir, enflés de la considération de gens de lettre domestiques et de l’appui de quelques critiques, domestiques en sous-ordre. »
Johann Cariou Directeur de publication revue CANCER!