Le coin des anars
ECONOMIE, SERVITUDE ET VOLONTE
(...)Une trentaine dannées auront suffit aux grandes surfaces pour détruire tout un enchevêtrement de relations sociales où, malgré, des siècles de pratique marchande subsistaient quelques éléments de convivialité. Il nétait pas rare de voir des petits épiciers de quartier et leurs voisins-clients répondre par laide mutuelle à certaines difficultés passagères des uns ou des autres. Après avoir acculé à la ruine des milliers de travailleurs « indépendants » dans le secteur de la distribution, les grandes surfaces ont fait subir un sort semblable à des petits producteurs dabord, à dautres de plus grande taille à présent. Ce mouvement nest pas achevé . La grande distribution a fortement contribué à la dégradation de la socio-géographie urbaine. Détruisant le paysage aux abords des villes pour y édifier dans le répétitif la monotonie de luniformité, elle appauvrit la vie des quartiers où ne peuvent demeurer que des commerces de luxe, groupés dans les « Disneys-world » de zones artificiellement piétonnières qui convient le passant à consommer sa propre passivité. Si les grandes surfaces peuvent consentir des prix alléchants sur certaines marchandises cest par une exploitation forcenée de la main-doeuvre. Cest aussi parce quelles font fructifier dans des opération boursières les énormes sommes quotidiennement drainées par leurs caisses. Elles nhésitent pas à vendre à perte parfois, malgré linterdiction légale de cette pratique. Elles y gagnent plus que de quoi couvrir les amendes encourues. La rente des capitaux durant le laps de temps offert par les délais de paiement imposés aux fournisseurs permet dinverser la perte en profit. Nous voyons, ainsi se former à lombre des milices privées qui déjà tiennent les clients sous surveillance, une boucle dexploitation concentrée qui tend à dominer lensemble du champ économique(...)
texte extrait du bulletin d'information N°58 du 15 octobre 1997 de la 2°U.R./C.N.T.
Pensée libertaire et sens commun
(...)Quand la presse libertaire pourfend « lordre moral » elle reprend à son compte le langage de lennemi et, lui faisant présent dun mensonge, elle participe activement à son entreprise de désorientation cérébrale. Si une école de pensée peut revendiquer « lordre moral » cest bien lécole anarchiste, et ce que la presse libertaire cherche à dénoncer sous ce vocable cest précisément son contraire. Nest-ce pas une stupidité suicidaire que de donner à croire que nous serions partisans du désordre moral quand ce désordre, par les chemins tortueux du cynisme et de la corruption, heurte tant de consciences qui nous sont les plus proches ? Ce nest là quun exemple entre mille. Le langage qui se manifeste dans la propagande libertaire contemporaine diffère de moins en moins du langage manipulé des contrôleurs de la pensée. Parce que laccent est trop souvent entre nous mis sur la liberté avant de lêtre sur la responsabilité, leffort dapprentissage, lécoute et la patience prennent valeur de vertus judéo-chrétiennes ou presque. La condamnation qui sensuit favorise la pénétration diffuse du bain culturel dominant. Cest ainsi que seffrite la communauté intellectuelle, la fraternité de pensée qui caractérisait les organisations libertaires ayant réussi dans le passé à peser socialement sans devoir recourir continuellement pour cela aux votes, accords, congrès et à tout le fatras législatif sans lequel on croit aujourdhui impossible de faire le moindre pas.(...)
texte extrait du bulletin d'information N°56 du 15 avril 1997 de la 2°U.R./C.N.T.
MORT PROGRAMMEE
Depuis des années on réduit les horaires de classe des enfants à lécole primaire. Par conséquent, les programmes scolaires devenaient trop chargés. Quà cela ne tienne ! Chirac a annoncé, dans sa récente intervention télévisée, quon allégerait les dits programmes.
Que des enfants quittent désormais lécole sans connaissance, ni même savoir lire, nest pas grave pour ces messieurs, puisque lécole est de plus en plus tournée vers une fonction de garderie, quelle doit assumer de plus en plus longtemps.
Les avantages sont nombreux pour le pouvoir : des illettrés seront moins aptes à combattre le système ; plus on tarde à laisser sortir les jeunes du système scolaire, moins ils apparaissent dans les statistiques du chômage : plus on les garde enfermés, plus on les habitue au respect de lautorité hiérarchique. Linstruction? Léducation ? Du dressage tout ou plus !
Rassurons-nous, il restera toujours, pour la digne progéniture de nos élites, des écoles, privées bien sûr, qui prépareront correctement a lENA, à Normale-Sup, à Polytechnique.
Le goût de leffort, de la volonté, continuera dêtre inculqué aux futurs maîtres et complices du système. Lidéologie de la paresse est bonne pour les classes laborieuses qui devront sen contenter, pour être heureuses de se trouver ou chômage! Quon les habitue dès leur plus tendre enfance à se complaire dans la facilité apparente. Plus tard leur révolte restera latente par manque de détermination, par fainéantise entretenue, et passera par la prise de drogues médicales ou illégales. Lassistanat généralisé tiendra lieu de solidarité, et il sera toujours plus difficile de construire des organisations qui aient la capacité de changer véritablement le monde, car cela demande un effort conscient volontaire. Mais quon ne sy trompe pas, accepter le monde tel quil est demande un effort bien plus grand, celui de se supporter soi-même, amorphe complice de la mort sociale programmée.
texte extrait du bulletin d'information N°56 du 15 avril 1997 de la 2°U.R./C.N.T.