Kobayashi Takiji Le Bateau-Usine
Le Bateau-Usine vient d’être publié pour la première fois en français. Il connaît un succès inattendu au Japon depuis 2008 et a même atteint le million d’exemplaire d’après l’éditeur français.
Ecrit
en 1929 par Kobayashi Takiji , l’un des phares de la littérature prolétarienne
au Japon, ce livre raconte l’histoire du Hakkô-Maru,
à la fois bateau de pèche de crabes et usine de conserves de crabes où les hommes
naviguent dans une mer hostile et sont soumis à des conditions de travail
épouvantables. L’intendant n’hésite pas à employer des moyens extrêmes pour
accroître la productivité jusqu’à laisser mourir des hommes.
Ce livre expose la collusion entre la bourgeoisie impérialiste
et la nation militariste au détriment des travailleurs. La seule façon de changer
est d’organiser une action collective. Une grève se prépare à bord mais elle
semble vouée à l’échec lorsque le destroyer de la marine marchande s’approche
et vient au secours du capitaine à la surprise des mutins. Les meneurs seront
entraînés à bord de ce destroyer ; mais ce n’est que partie remise. Les hommes crieront « Encore une fois ».
En 1929 Le Bateau-Usine a été censuré, en 1933 Kobayashi Takiji est arrêté et meurt
sans doute suite à des tortures. Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale
ce livre n’est plus interdit et fait même partie des listes d’oeuvres de littérature
avec lesquelles les lycéens doivent se familiariser.
Malgré la distance apparente entre 1929 et la société
contemporaine de l’une des nations les plus riches du monde, beaucoup de japonais
se sente proche de ce roman car il peut se rapporter à leur situation actuelle
surtout pour les jeunes qui n’ont plus d’espoir de trouver une place dans cette
société.
Sur la plan littéraire,
ce livre est écrit dans un style très contemporain : direct, énergique,
sans longues descriptions, à l’opposé des romans de Mishima
et c’est aussi cela qui lui donne ce ton très moderne.
Kobayashi Takiji Le Bateau-Usine Éditions Yago
Fabrice Trochet le 22 novembre 2009
P.S. Soulignons que cette traduction est le fait d’ Evelyne Lesigne-Audoly. Corinne Atlan traductrice émérite de littérature japonaise a publié un essai très intéressant intitulé « Entre deux mondes » sur le métier de traducteur dans lequel elle tentait d’expliquer toutes les difficultés liées à cet exercice. Elle insistait sur « cette absence de frontière entre rêve et réalité, cette interaction entre intérieur et extérieur, reposant sur l'idée bouddhique que le monde est un reflet qui renvoie chacun à sa réalité intérieure » Beaucoup de questions se posent lorsqu’il s’agit de « rendre » en français « une autre caractéristique de la littérature japonaise, celle d'une forme de pensée et d'écriture qui préfère la juxtaposition à la logique linéaire, la description du détail à celle de l'ensemble. »