COPIE CONFORME

NOUS NOUS RÉPÉTONS, sans doute -mais il le faut-, en disant que la société actuelle n'en est pas une car le moins qu'on puisse en dire est qu 'elle est asociale. On l'a définie, depuis des années, comme société de consommation ; ce qui en clair veut dire société barbare, dans le sens le plus péjoratif de ce vieux terme. En fait, c'est le gâchis qui spécifie le mieux ce système de coexistence incompatible, de rapports inhumains, qui passe pour démocratique et libéral, imposé aux faibles par les forts. Gaspillage des choses et des êtres, gaspillage de la vie et des ressources, du monde naturel, de l'intelligence et des énergies : voilà à quoi est réduit le fameux système politique le "moins mauvais" d'après nombre d'illustres bonshommes du glorieux monde moderne.

Cela est-il acceptable ? En tous cas c'est de plus en plus accepté par tous y compris par ceux qui subissent le lourd poids de l'injustice conséquente. Les partis, les groupements, les individus deviennent partout copies conformes de l'esprit et de la lettre de ce qui tient lieu de société. À l'heure où on se croit au sommet du développement scientifique et technique de l'humanité, le genre humain tombe au plus bas de son histoire. Le XX' siècle de l'ère chrétienne Déterminante domination théologique et cléricale- se termine en pleine décadence des valeurs humaines. Et qui résiste à ce raz-de-marée ? Personne !

Ne nous faisons pas de prétentieuses illusions, camarades. Même parmi nous est en vogue la copie conforme, le clonage. Nos organisations mêmes cessent d'être libertaires pour se changer en copies conformes ! Prenons-en conscience et révoltons-nous contre cet asservissement insidieux.

Toute tolérance à cet égard devient complicité et trahison. Plus importante est la fonction qu'on assume, plus rigoureux et intransigeant doit-on se montrer contre toute déviation et confusion. Assez de presse "libertaire" copie conforme ! Assez de comportements irresponsables, grotesques, routiniers, fallacieux ! Assez de discours creux, indigents, démagogiques à la mode

Nous nous devons d'être lumière dans le monde. Extirpons de chez nous hypocrisie et vanité. Honorons nos idéaux. Soyons dignes de nous appeler humains !

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RESPONSABLE ?

Des nuages vénéneux s'accumulent sur la santé des hommes et de leur planète. Air pollué - pluies acides - eaux empoisonnées - désertification - déchets industriels toxiques - sang contaminé - vache folle - poulets... La liste s'allonge chaque jour. Source du mal ? Elle est connue de tout le monde : le système économique, basé sur le "profit" côté face, c'est-à-dire l'exploitation d'humains côté pile de la monnaie. Qui donne vie au système ? Les exploités eux-mêmes.

Dans cette situation tragique qui appelle d'urgentes solutions, que fait le mouvement libertaire ? Il suit la gauche politique comme son ombre, il est à la traîne de la gauche, il réclame, il proclame, il promène de dérisoires pancartes dans les rues sous l'oeil goguenard de la police. Il se mêle de tout... sauf de l'essentiel. Pour les 35 heures ? Allez hop, vive les 30 et patati et patata. Qu'a-t-il fait de l'action directe ? Il l'a laissée décliner en bombes plus néfastes encore qu'inutiles, totalement étrangères au concept qu'elles prétendaient illustrer, pour lui préférer une propagande qui doit plus à la "pub" qu'à la culture, qu'à la science au sens le plus large du terme.

Les travailleurs produisent par leur activité un monde qui les insatisfait, les frustre, les prive du bonheur de vivre à la hauteur des possibilités de l'espèce. Hélas, ils ignorent dans l'immense majorité des cas qu'ils sont, de par le travail qu'ils acceptent d'exécuter, les premiers responsables de leur propre malheur. C'est la pierre d'achoppement de la question sociale. Aucun peuple, aucune classe qui n'aura pris conscience de ce fait ne saura conquérir sa liberté et cherchera toujours à se confier à de nouveaux Maîtres. Et c'est précisément parce que ce sont eux qui créent le monde que les travailleurs n'ont pas de meilleure tactique à leur portée que l'action directe. Il ne leur manque, pour parvenir à briser les chaînes de la médiocrité quotidienne, que l'organisation de la solidarité dans l'action.

C'est là-dessus que nous devons insister sans relâche dans toutes nos manifestations de propagande. Il faut cesser d'accuser unilatéralement le FMI, l'OCDE, la Banque mondiale, Bouygues, Clinton, Chirac, Jospin et consorts de tous les maux de la Terre. Sans servitude consentie ils ne sont rien. Là est le pivot qui supporte tout le système, son point le plus faible. C'est là qu'il faut saper l'immonde structure marchande, en mettant sur pied des actions propres à étaler sous les yeux des travailleurs les potentialités libératrices de leur force mises en échec par leur misérable et suicidaire soumission. Il a fallu une longue chaîne de complicités serviles et aveugles pour que la cupidité des fabricants de farines animales réussisse à déclencher l'épidémie d'ESB dont toutes les conséquences sont loin d'être connues.

Nous n'avons que foutre d'un pouvoir d'achat donnant accès au papier-cul parfumé et aux portables de l'aliénation scientifiquement élaborée. Il n'y a pas lieu de se mêler aux jeux du syndicalisme et de la social-démocratie "gestionnaires". Ce qui manque c'est de la nourriture saine, des habitations agréables, des moyens de transport intelligents et l'instruction intégrale. Commençons par là. Tant que les travailleurs ne se hisseront pas à la prise de responsabilité de leurs actes quotidiens, tant qu'ils consentiront à produire de l'inacceptable, ils seront incapables de mettre à bas la domination.

S. D.

Edito  et extraits du bulletin d'information N°56 de la 2ème U.R./ C.N.T du 15 janvier 98 .


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