Constitution : oui ou non ?

Non ou oui ? Nous aurons  la chance d’être consulté dans quelques jours sur cette  fameuse constitution. Difficile de se prononcer car tout conspire à nous égarer. Depuis quelques semaines, nous avons droit à un concert cacophonique aux tonalités les plus diverses et les plus criardes. Chacun y vante les mérites et les avantages de son choix et voue aux gémonies tous ses adversaires. On insulte : « Vraiment qu’on puisse dire non a l’Europe est quelque chose d’hallucinant. Et les gens qui disent non ne sont pas des gens qui réfléchissent" Alain Decaux La bêtise, le mensonge se donnent libres cours.

Certains se sont mis très tôt à mentir ; ainsi en 2004 lorsque presque personne n’avait pris connaissance de  ce traité, les membres d’ATTAC ne s’y sont pas gênés . En décembre 2004 dans la lettre "Attac en Anjou j'y avais lu ceci sous la plume d’Anne-Cécile Robert  : Les références à l'héritage religieux et chrétien de la communauté européenne, inscrites dans les fondements du traité, alors qu'elles n'ont rien à y faire, sont autant de stimuli à la création de nouveaux communautarismes de la part des autres religions. En fait les racines chrétiennes n’y sont pas mentionnés.

Pour certains comme la LCR , l’avortement serait prohibé à cause de l’article II-62 qui mentionne « que toute personne a droit à la vie. » Ces mots sont  repris du texte de la Convention européenne des droits de l’homme. Jamais ce « droit à la vie » n’a été utilisé pour restreindre le droit à l’avortement. Mais ce n’est pas tout, la LCR va même plus loin en répétant  comme d’autres formations d’extrême gauche  que le non est un non à Chirac. Ils n’ont vraiment rien compris.

D’autres fustigent le « dumping social » comme ce maire socialiste d’Avallon, Jean-Yves Caullet qui fait campagne pour le non au référendum aux côtés de Laurent Fabius mais il n’a pas hésité a choisir une entreprise tchèque pour réaliser une partie des travaux de rénovation de sa salle des fêtes communale. L'élu local, qui est aussi vice-président du conseil régional de Bourgogne, a rétorqué le 16 mai que «l'entreprise tchèque était la mieux placée, car elle répondait à toutes les exigences de l'appel d'offres. Je comprends les interrogations des artisans de la région qui n'ont pas été retenus, souligne le maire, mais la loi est la loi : on ne peut rejeter la candidature d'une entreprise européenne au seul motif de sa nationalité».A

Michel Leclerc, chantre de l'ultralibéralisme, est plus cohérent en annonçant très clairement la couleur dans un message publicitaire paru dans le Figaro du 20 mai 2005 :"Plus vite, plus nombreux, plus fort pour mieux vivre et demain avec la RUSSIE dans une Europe de 700 millions d'habitants(...). Il faut casser les prix pour accroître votre pouvoir d'achat : + 5 % sur tous les prix dans de grandes surfaces, c'est la conséquence de la loi française Galland. - 20 à - 30 % sur les voitures "AUTOMOBIL-ECLERC", c'est l'Europe = +1,5 % de pouvoir d'achat pour tous ls français. - 15 % sur les carburants, C'est l'Europe. La paix, c'est l'Europe. La France a un besoin vital de l'Europe, mais l'Europe pourrait se passer de la France. La libre concurrence, oui celle, qui profite aux consommateurs et aux familles. Nos lois françaises corporatistes bloquent trop souvent la dynamique de l'Europe. Il faut casser tous les monopoles économiques et les "lois privilèges" des lobbies. C'est l'Europe oui permet d'accroître votre pouvoir d'achat. C'est plus de consommation et donc plus de production = plus de travail pour TOUS. Ce sont des réalités concrètes. Augmenter les salaires, c'est nécessaire. Faire baisser les prix de 5 à 30% , c'est plus efficace et plus durable.(...) Dire NON à la constitution, c'est payer demain notre pain 15% plus cher.(...) C'est un message de Michel LECLERC, "AUTOMOBIL-ECLERC", "ROC-ECLERC". C'est OUI à la Constitution Européenne, à petits pas... Un pas de géant pour l'humanité".
Robert Rochefort directeur du Crédoc dans La Croix du 2 mai 2005 expliquait que "pour les mois prochains, une réforme de la loi galland est en préparation pour faire baisser les prix dans les grandes surfaces (...) Mais attention danger ! A vouloir tout au moindre prix, c'est l'emploi qu'on menace. La pression sur les petites entreprises va encore s'accroître, de même que les délocalisations."


Ce qui est gênant et les partisans du oui ne s’en cachent d’ailleurs pas c’est que le «Oui»  renforcera le poids de I' Europe en l' élargissant : plus nombreux seront les adhérents, plus grande sera leur influence. (AISE à Angers) Cela facilitera l’entrée de la Turquie dans cette Union certes pas avant quinze ans, mais comme l’écrivait Jean-Louis Bourlanges dans Le Monde du 15 janvier 2005, « l’adhésion programmée de la Turquie sonne le glas de l’affirmation politique d’une unité de civilisation et de la mise en place d’une capacité d’action commune à caractère fédéral ».  

Il me semble aussi que la question turque est fondamentale et donc les frontières de l’Union européenne. Cette question n’a pas été abordée frontalement. La présence de la signature de la Turquie au bas de l’Acte final (page 165 du traité) n’est pas très rassurante .

Autant de questions  restés sans réponses ou trop confuses.  

Fabrice Trochet le 20 mai 2005