Démunis : commentaire d’un étudiant sur le CPE

 

Je suis moi-même empêché de suivre normalement mon cursus d’Histoire de l’Université de Caen, et ce depuis bientôt trois semaines. Notre Présidente a démissionné de son pouvoir, qu’elle a délégué au Préfet qui est tout aussi apathique. La guérilla est donc légitimé par cette absence totale de réaction de la part des représentants de l’Etat, et le referendum qui a eu lieu, a mobilisé 8000 étudiants, dont 58% se sont exprimés en faveur du déblocage, n’a rien changé.

 

J’en suis donc venu depuis quelques jours à défendre la démocratie, chose à laquelle je n’étais guère habitué, et à multiplier sur les blogs et les forums, mais aussi dans mes discussions avec des bloqueurs, les diatribes contre les AG, ces petits parlements autocratiques et dictatoriaux. Il n’y a pas de démocratie dans la démocratie.

 

J’en suis venu également à défendre l’idée oubliée de morale, à condamner le blocage des bâtiments en tant qu’acte violent et qui procède d’une volonté d’aliéner le bien public. Un système où tous peuvent vivre ensemble, c’est un système où tous doivent faire des efforts. Ce qui implique que c’est toujours à nous-mêmes de faire plus d’effort pour l’autre, de ne pas attendre que l’autre se mette à son niveau, mais au contraire essayer de voir par les yeux de l’autre.

 

Mais cette argumentaire n’est guère écouté et ne change pas grand chose : au final ceux qui jouissent d’actions illégales mais banalisés comme le blocage sont convaincus qu’ils défendent là une conception neuve et juste du monde. Ils sont sûr que leurs actions, leurs grèves, leur violence, seront générateurs d’une prise de conscience soudaine et généralisée. Car cela fait longtemps qu’ils ne se contentent plus de remettre en cause le simple CPE, mais réclament la démission du gouvernement et l’instauration d’un nouvel ordre dont ils ignorent même les soubassements. Nos aînés nous laissent entre les mains d’une bande de guérilleros sauvages, aux revendications obscures, et quand nous nous rassemblons en groupe "anti blocage", nous sommes insultés de "facho" et de "collabo", alors même que nous ne mettons en oeuvre aucune violence.

 

C’est à se demander s’il est bien normal pour un étudiant de ne pas profiter de ce désordre pour à son tour entrer dans la ronde des débauchés anonymes (qui se cachent la face sur le Campus, et derrière des pseudonymes sur Internet). Impuissants, nous ne pouvons que contempler notre année nous filer entre les doigts, nos stages et nos emplois de vacances s’évaporer, et tout cela dans le silence, s’il vous plait.

 

Opposé à la violence du blocage et à celui des commandos de déblocages, bon citoyen, catholique naïf et coincé, il ne me reste plus qu’à sourire à ces dictateurs et à envoyer des dossiers d’inscriptions.

 

« J’ai découvert très tôt, écrit Gandhi, que la recherche de la vérité n’admettait pas que la violence soit infligée à l’adversaire... »

 

Quentin Thomasset  http://mysox.over-blog.com/