Foulard
et caetera
POUR NOURIR UN DÉBAT QUI PEUT RESTER PASSIONNÉ SANS POUR AUTANT DEVENIR PASSIONNEL
Pour des raisons à la fois intimes (génération féministe et solidarité féminine
49 ans), politiques et idéologiques ( de "PC dans les années 70/80"
, je me sens proche aujourd¹hui de mouvements tels que ATTAC, ou encore "Raison
d'Agir" , et je suis membre des Amis du Monde Diplomatique) je suis extrêmement
sensible à cette affaire de "port du foulard" et profondément désolée
(voire effrayée) de constater que, à ce sujet, je me trouve (de nouveau) en
total désaccord avec les mouvements et courants d'opinion auxquels j'adhère...
(l'histoire se répète sous des formes masquées comme toujours !)
Sérieusement, il me semble que, sur ce point, ces derniers tombent, d'une
manière inédite (genre phagocytage) dans le panneau de la "pensée unique"
à courte vue. J'ajoute, pour dire d'où je m'exprime et me situer sociologiquement
parlant, que je suis "journaliste pauvre" (cf. les publications de Lois Vacant,
de "Liber", de Pierre Carles, etc. L'essentiel n'étant pas là)
Comment
diable ne pas voir là que c'est la paille dans l'oeil du voisin que l'on pourfend,
en se dispensant de regarder notre propre poutre ? Allons-nous donc, de la
droite extrême qui dirige notre pays d'une poigne de fer, à la gauche alternative
de Raffarin-Fillon-Luc Ferry à ATTAC, vers un nouvel et redoutable consensus
qui se choisirait, faute de penser plus haut, un bouc émissaire à une si médiocre
mesure ? J'en tremble de colère et de peur.
À qui fera-t-on croire que "notre" laïcité, notre "République"
seraient menacées par des "signes religieux" - quels qu¹ils puissent
être - surtout de nos jours ? Je crois rêver ! Pour en arriver à s¹en prendre
à ce genre de pâture, c¹est qu¹elles sont déjà bien malades, me dis-je. Totalement
figées et rendues lettre morte. Ne pas le voir me semble témoigner d¹une conception
singulièrement exiguë, voire sectaire, de cette soi disant laïcité, épouvantail
que l¹on agiteraitŠ pour lui porter le coup de grâce ?
À mon sens, ces "valeurs", ces "principes" ont aujourd¹hui
bien plus à craindre d¹un ennemi d'une tout autre taille que quelques volées
de foulards ! Les corbeaux, eux, sont dans l'ombre, moins visibles certes.
Est-ce une raison suffisante pour renoncer à exercer sa liberté de penser,
comme y invite pourtant Michèle Tribalat ?
Je côtoie, entre autres, des enseignants, et je suis parent d'¹une gamine
qui fréquente un collège public en PACA. À ma fille, dont je veux faire non
seulement une femme libre, mais une citoyenne (plus : une citoyenne généreuse
et ouverte) j'ai dit : "Tiens moi au courant : si jamais, dans ton collège,
on emmerde une jeune fille sous prétexte qu¹elle porte un foulard, surtout
dis-le moi, je remuerai ciel et terre pour la défendre, elle et sa famille
!"
Je pense que ce qu'on appelle encore un peu l'Éducation Nationale, et, au-delà
d'elle, l'univers social tout entier dans lequel nous baignons, souffrent
d'autres maux bien plus graves (décentralisation ? Éclatement de l'Europe
(la vielle Europe dont se gausse G.W. Bush) Surexploitation et casse du travail
? Anarchie néo-libérale ?) et en aucune façon je dis bien en aucune façon
! de ce foulard que l'on agite ! Ce foulard que l'on.. aperçoit sur les
têtes de quelques femmes et jeunes filles. CEPENDANT QUE, DANS NOTRE DOS,
L'IMPÉRIALISME DES MARQUES, avec des moyens d'une tout autre dimension, et
une puissance telle qu'il aveugle la majorité d'entre nous, circule en toute
impunité, "comme une lettre à la poste" !
Je regrette, mais je tiens les logos de Nike et compagnie pour des insignes
de LA SEULE RELIGION QUE NOUS AYONS À REDOUTER AUJOURD'HUI !
Je suis affligée de constater combien, à ce sujet, "on" tente de
faire prendre des vessies pour des lanternes au plus grand nombre, y compris
à ceux qui exercent leur réflexion ou croient, en l¹occurrence, l'exercer
En outre, dans les collèges et lycées de notre belle France, il arrive, périodiquement,
devant une impuissance généralisée (qui n¹est pas celle des enseignants ni
des directeurs d¹établissements) que des jeunes en viennent à mourir. BANALEMENT
parce qu¹ils sont la proie d'un racket ! Pour des affaires de téléphone portable
ou de chaussures de marqueŠ Et vous en êtes, vous à ATTAC, à emboîter le pas
aux coureurs de foulards !!! Je crois rêver ! J'espère que je rêve ! Je suis
profondément en accord avec le point de vue exprimé dans les colonnes de Libération
(Rebonds, 20/05/03) par Étienne Balibar, Saïd Bouamana, Françoise Gaspard,
Catherine Lévy et Pierre Tévanian. Leur papier était titré" Oui au foulard
à l'école laïque". Suivent cinq feuillets d'arguments. En voici quelques-uns,
je cite : "Ce foulard recouvre des réalités diverses, et nous avons des
appréciations diverses voire divergentes, de sa signification ; mais nous
sommes tous d¹accord pour estimer que, dans tous les cas (que le foulard soit
imposé ou qu'il résulte d'un choix), l'exclusion est la pire des solutions.
"Nous n'oublions pas l'égalité des sexes, bien au contraire. Mais, on
ne peut pas considérer la jeune fille voilée comme coupable, et ce n¹est en
aucun cas à elle de "payer". DANS TOUS LES CAS, C'EST EN L'ACCUEILLANT
À L'ÉCOLE LAÏQUE QU'ON PEUT L'AIDER À S'ÉMANCIPER, EN LUI DONNANT LES MOYENS
DE SON AUTONOMIE, ET C'EST EN LA RENVOYANT QU¹ON LA CONDANME À L¹OPPRESSION.
"À la question qui nous est imposée : "Faut-il interdire l'école
aux jeunes filles qui portent un foulard islamique ?", nous répondons
sans hésiter : non, car l'école laïque est une école qui doit accueillir tout
le monde et nous exigeons que soient enfin posées les vraies questions."Fin
de citation.
Pour finir et en résumé, mon commentaire sera le suivant :
1) Ce qui agite l'opinion à ce sujet m¹évoque la sinistre étoile jaune, marque
d¹infamie s'il en fut, imposée à de jeunes enfants montrés du doigt (POUR
DES RAISONS RELIGIEUSES OU SUPPOSÉS L'ÊTRE si je me souviens bien) dans les
écoles pétainistes. On sait ce qu'il advint d'eux.
2) La laïcité tant invoquée a tout à gagner à respecter et intégrer ces jeunes
personnes, (dont les mères font les mêmes courses que moi dans les mêmes supermarchés
en tenue traditionnelle, foulards et baskets Nike ! je n¹invente rien, je
regarde !) voire à les protéger, j'irai jusque-là ! En outre, je n¹oublie
pas qu'enfant de "pauvre" dans des écoles publiques fréquentées
majoritairement par des milieux plus bourgeois, j'ai été soutenue (parfois
contre l'adversité des "signes de places et de classe") par des
enseignants et des principes qui ont fonctionné et m¹ont permis de m'y retrouver
3) Ce foulard est éminemment gracieux et seyant ! Il introduit une petite
note de différence (de distinction) dans un univers des plus monotones.
4) Ce foulard est indiscutablement seyant et, à bien y regarder, je ne vois
pas de différence majeure, ni mineure d'ailleurs surtout eu égard aux judéo-chrétiens
que nous sommes tous peu ou prou AVEC LA TENUE DE MARIE, MÈRE DE NOTRE SEIGNEUR
! ! !
Pour ma part, s'il fallait absolument choisir, ma sympathie irait préférablement
et sans hésiter, vers celle-là. Plutôt que vers des Nike, Vivendi-Universal,
Monsanto (j'en passe), Ferry-Raffarin et consorts ! Qui infligent au plus
grand nombre sa manière de penser, de consommer, de souffrir, voire d'aimer
Que ceux qui sont censés réfléchir contre les "idées reçues" y cèdent,
au nom même de leur savoir, de leur culture et de leur position, me fais grand
peur, je l¹avoue ! Ouvrons donc (ouvrez donc !) les yeux qu'il nous (vous)
reste !
Si intégrisme et puritanisme font rage, y compris chez les défenseurs de la laïcité, je pense qu¹il y a tout lieu de s¹alarmer en cet endroit-là. Pour elle, pour nous, pour autrui : c'est du pareil au même ! Mais en aucune manière contre de " pauvres gens ", dans la mesure - incertaine - où il nous adviendrait de penser que nous avons sort commun avec eux. C'est mon cas.
juillet 2003
M-E. C. Journaliste - PACA