Croire en l'intégrité des médias ! La censure est toujours là
Ô combien voudrions-nous croire en l'intégrité des médias, en leur souci " d'informer vrai " et d'offrir la parole à qui de droit. Malheureusement l'affaire n'est pas simple et les partenariats économiques nourrissent évidemment les journaux.
L'avouer
s'est se discréditer, discréditer la profession de journaliste et finalement
s'auto flageller. Donc, le silence reste de mise sur le réel impact des publicités
sur les feuillets de nos meilleurs journalistes. Le lecteur, lui, de toute façon,
n'y verra que du feu, et se contentera de lire le papier final dont le contenu
dépendra de la plume intègre ou non du journaliste ; de sa déontologie et sa
philosophie, de sa véritable enquête. Il arrive, par ailleurs, qu'un rédacteur
en chef coupe, sans scrupules, les mots qui débordent et font tâche. Le résultat
est parfois alarmant puisque l'on retrouve à la place de l'article original,
une parodie de publireportage. Ce qui offre une place de choix à la censure
indirecte et voilée. Censure qui existe sous couvert d'une relation alléchante
du genre " j'achète une campagne de pub dans ton journal et tu me protèges sur
cette affaire ".
A travers un exemple simple et concret, exposons la subtilité de cette dérive. En 2002, j'écris un livre " 7 jours sur 7 à votre service " aux éditions du Vent, qui dévoile l'exploitation des humains dans l'hôtellerie économique. A travers mon témoignage, mes propres souffrances vécues, j'expose en 287 pages une réalité dénonçant l'esclavage des temps modernes. A plus de 80 heures par semaine pour un SMIC, le mot n'est peut-être pas assez fort. Comme contre-attaque, " le groupe ACCOR, impliqué dans l'ouvrage sous l'anagramme du groupe ROCCA " comme l'expose Philippe Cohen dans un article publié dans Marianne, ne tente rien contre le livre directement, en connaissance de cause. Par contre, c'est à travers une véritable campagne de désinformation que ce groupe impose le silence autour de mon ouvrage, qui par ailleurs se vend hors réseau traditionnel, à plus de 1.800 exemplaires. Des dizaines de gérants me témoignent leur reconnaissance après lecture.
Fin 2002, une journaliste dite " d'investigation " du magazine Capital, m'explique vouloir parler de mon livre et révéler l'affaire des 60 procès dont la chaîne Formule 1 est la mire. Au final, cette journaliste passera par la Tour Montparnasse, siège du PDG ACCOR et écrira un article exposant une image très positive du groupe. Mon livre n'est même pas cité, les arguments contradictoires invisibles. Je préviens la rédaction du magazine que la méthode utilisée par leur journaliste ne respecte pas la déontologie de la profession. Je menace de révéler cette erreur et rapidement le rédacteur en chef m'offre un droit de réponse. D'autres exemples identiques suivront concernant mon ouvrage, dans la presse française. Nicolas Beau du Canard Enchaîné, me dira de façon dédaigneuse au téléphone : " On ne se paye pas ACCOR comme ça ". Surprenant ! Le rédacteur en chef de " Nouvel Ouest " m'expliquera clairement, sans détour, être en tractation " partenariat publicitaire " avec le groupe ACCOR et qu'il ne pourra pas parler de mon livre.
Dernière exemple en date, l'article " Les douces nuits des hôtels économiques
" lu dans le JDD du 14 mars 2004. Le journaliste me téléphone en me disant qu'il
enquête sur les procès toujours en cours entre gérants d'hôtels et la chaîne
Formule 1, ainsi que sur le discount social. Mon livre est une aubaine à ses
yeux, il me propose une interview de plus d'une demi-heure. Il contacte aussi
des gérants en procès, il parle avec de nombreux interlocuteurs qui sont impliqués
contre le groupe.
Au final, le lecteur trouve, dans les lignes du Journal du Dimanche, un article
ventant les mérites de la chaîne en question. Une sorte de publireportage déguisé,
où l'on ne remarque aucun mot des interlocuteurs opposés à la chaîne. Mon livre
n'existe pas, mon interview est évincée. Seule une phrase conclue l'article
" ACCOR assure que les problèmes ont disparu ". Comme si seuls les mots d'ACCOR
étaient paroles d'Evangile. Or, pour celui qui connaît ce dossier et mon ouvrage,
il s'avère que même si les problèmes étaient résolus, la souffrance imposée
aux gérants pendant plus de dix ans a existé ; que les médias furent manipulés
dans cette affaire ; que des avocats n'ont pas fait leur travail. De nombreux
témoignages le confirment. Des procès sont toujours en cours et la manière d'agir
du groupe ACCOR, dans ce dossier, devrait être observée et dénoncée. Dénoncée
par les médias comme par l'état français.
On
en revient ainsi à l'influence des puissances économiques sur l'information,
cette censure invisible aux yeux du lecteur. Dans l'exemple cité, il est flagrant
de voir que la communication passe avant la réalité des faits prouvés, de procès
existants et que l'humanité finalement ne compte pas. Sauf pour certains patrons
de presse qui osent encore prendre des risques et c'est tant mieux. Devons-nous
laisser faire et croire faussement que nous vivons dans une démocratie ou enfin
ouvrir les yeux et nous remettre en cause ? " Le film "la firme" était sans
doute en dessous de la réalité. Et je comprends mieux pourquoi des journalistes
de journaux dits de gauche (Canard Enchaîné, libération...) préfèrent démolir
la SNCF ou critiquer les méchantes multinationales US plutôt que de s'attaquer
à nos gentilles multinationales françaises, toutes socialement responsables
et éthiques " observe, par rapport à cette histoire, un un professeur d'économie
d'université. Que représente donc le lecteur pour
les
médias ? Une cible pour des produits de consommation ou un acheteur qui souhaite
s'informer, réagir et exister ?
Par Yann Chollet. Journaliste indépendant
et auteur du livre " 7 jours sur 7 à votre service " éditions du Vent. 287 pages.
19,20 euros.