LE FASCISME SERA BATTU SUR LE TERRAIN SOCIAL, PAS DANS LES URNES
La victoire des candidats à la mairie de Vitrolles a provoqué lémoi dans le pays. Certains sinquiètent, dautres se réjouissent, beaucoup en profitent pour développer des thèses dangereuses, réhabiliter le vote et les politiques. A ajouter la confusion au désarroi, on ne fait que renforcer le front National qui bénéficie du vote de tous les déçus en quête despoir.
« Votez contre le F.N. ». « Appeler à labstention, cest faire le jeu de lextrême droite » ... voilà les discours qui fleurissent et qui il faut lavouer, interpellent quand il sagit le de parer à limminence dune victoire frontiste aux élections. Mais cela n est pas non plus sans rappeler le « ne pas voter communiste, cest faire le jeu de la droite » des années 60 et 70. « Vous nêtes pas daccord avec nous, ce nest pas grave : votez contre les autres ». La première des conséquences de ce discours est de rendre suspecte toute attaque contre la vie politique. Dans de nombreuses villes, comme à Tarbes, nentend-on pas certains interdire toute critique sur lenrichissement personnel de tel ou tel élu par le simple argument « Si tu discrédites la classe politique. tu fais le jeu du F.N. ». Le fait est significatif et symbolique de ce qui se passe : les politiques, trempés jusquau coup dans les magouilles, discrédités par leur incapacité à régler le problème du chômage, se rachètent une utilité, interdisent toutes les critiques quon pourrait leur faire sous lexcuse de la montée du Front National. Et lon voit le maire de Vitrolles, mis en examen, se représenter sans que personne ny trouve à redire ! Et certains vont même plus loin : on voit des partisans de la gauche socialiste tenter dexclure la C.N.T. ou les SCALP des facs, des manifs, des luttes, sous prétexte dincidents avec quelques individus à renfort daffirmations non prouvées et en renforçant leur argumentaire par des remarques insidieuses du genre : « pour nous critiquer ainsi, pour refuser le parlementarisme, en ces temps ou le fascisme monte, il ne faut pas être très clair ». Julien Dray et ses sbires ne font que confirmer une constante de lhistoire : les mouvements autoritaires sont démocrates tant que la critique ne leur fait pas trop mal.
Cet argumentaire dangereux qui tue le dialogue, interdit la pensée, supprime la critique, oublie les causes de la montée du F.N. Quadviendra-t-il si on laisse un tel discours se développer ? Peut- on vraiment berner les gens indéfiniment ? La montée du F.N., inutile de développer ici lévidence, est liée au chômage, à laugmentation de la misère, au discrédit dune classe politique qui est tombée pour une double faute : son incapacité à résoudre les problèmes sociaux, sa propre corruption qui transpire et que lon ne pardonne pas parce que tout va mal. A tort, car le F N. est incapable de faire mieux que les autres, une partie des « électeurs » voient en eux , lunique solution. En appelant au vote contre Le Pen, on ne convainc pas ces gens là. Quant aux autres. en les mobilisant contre ce spectre, en leur proposant ce schéma quils nacceptent plus que par dégoût du fascisme voir mais sur lequel ils se font de moins en moins dillusions, on ne fera que les écoeurer à plus ou moins longue, échéance.
Comment combattre le F.N. sans solution, sans espoir, et, pire que tout, en cautionnant des menteurs, des voleurs, des escrocs, des marchands dillusions, des arrivistes hautains et méprisants.
Face à la corruption. cest le système politique de délégation de pouvoir quil faut critiquer et condamner car il en est la cause. Mais il ne sagit pas de critiquer le parlementarisme pour proposer pire; comme Le Pen : la délégation absolue de pouvoir, le totalitarisme. Ce qui est mis en cause, ce nest pas que lon mandate quelquun, cest que ce quelquun prenne des décisions à notre place et ne respecte pas son mandat. Et, face au chômage, il va bien falloir un jour ou lautre, parler de partage des richesses et de répartition de cette corvée quest le travail. ll faudra bien mettre en cause ce système. Enfin, pour en finir avec le misérabilisme ambiant et la terreur dans laquelle on tente de nous faire vivre pour nous faire voter, il est bon de rappeler que le seul événement important qui a mis au tapis le F.N., cest le mouvement de grève de décembre 95. Comme les autres partis, le Front sest retrouvé muet. Et cest pour cela quil tente de monter une confédération F.N. de syndicats. Le terrain social est le plus adapté à une lutte qui vient de nous tous, à la base, à condition déviter de confier nos mouvements à des bureaucrates briqués dans le système qui les braderont comme ils lont fait en décembre 95.
Combattre le F.N., ce nest pas voter et se donner bonne conscience. Cest au contraire refuser le système qui nous a amenés là et combattre dans nos usines, nos quartiers, nos lieux de vie pour de meilleures conditions pour tous. Cest refuser la délégation de pouvoir. décider partout où nous le pouvons, à notre modeste niveau, en assemblées générales, tous ensemble. Cest se doter de délégués mandatés et révocables à tout moment, dès quils outrepassent leur mandat. Cest enfin élaborer ensemble une autre gestion de la société, basée sur ces principes et qui ait pour objectif la satisfaction de tous, équitablement, sans exclu, sans privilégié. Jipé
Extrait de LE COMBAT SYNDICALISTE DE MARS AVRIL 1997