Extrait du publicitaire N°4
(...)Maintenant, combien de révoltes, de mécontements, sont détournés de leur sens avec la complicité des soi-disant ennemis de ceux qui hallucinent les contestataires. Le pouvoir ne massacre plus ouvertement, sauf quand c'est nécessaire pour divertir les téléspectateurs. Il fait sans cesse ânnoner, bêler, beugler, des imbéciles heureux pré-sélectionnés, pour ahurir ceux qui pourraient encore réfléchir s'ils avaient le temps entre deux zappages et la paix dans l'assourdissant bruit de la pensée industrielle. " Il n'est pas une seule pensée importante dont la bêtise ne sache aussitôt faire usage ; elle peut se mouvoir dans toutes les directions et prendre tous les costumes de la vérité. La vérité, elle, n 'a jamais qu'un seul vêtement, un seul chemin . elle est toujours handicapée. La bêtise dont ils agit là n 'est pas une maladie mentale, ce n 'en est pas moins la plus dangereuse des maladies de l'esprit, parce que c'est la vie même qu'elle menace (Robert Musil, De la bêtise. Editions Allia).
Mettre en doute, ne serait-ce qu'une infime partie de ce système revient, pour le fanatique de la démocratie, à le remettre dangereusement à sa place : un système aliénant comme les autres, fondamentalement liberticide, inégalitaire et séparateur, mais de façon sournoise (Mets de l'huile, comme dit la cnanson). Un système qui vote des lois inquisitoriales au nom de la liberté, qui jacasse sur l'égalité circonstancielle pour mieux rentabiliser les inégalités réelles, et brandit la fraternité (devenue "convivialité ") pour entretenir l'isolement grégaire. Bref, un système qui lui permet d'anoblir ses médiocres particules élémentaires. Inlassablement, car en vérité, il n'a que cela à faire : défendre sa survie, le fanatique de la démocratie, comme tous les fanatiques, est à l'affût de la moindre réflexion, du moindre comportement, du plus petit détail qui ne rentre pas dans les petites cases de ses certitudes formatées. Certitudes qui, la plupart du temps, dissimulent mal sa grossièreté d'arriviste qui cherche un rôle dans l'ordre des apparences. Il fait semblant d'enfoncer les portes coulissantes de la " pensée unique" qu'il propage sans arrêt, pour cacher son unique pensée : paraître à tout prix.
Ainsi, l'outrecuidant qui commet le déilt de sale pensée en n'affichant pas son "démocratisme" (ou anti-démocratisme pour le folklore), son positivisme béat ou son " art maudit", lui rappelle que sa dialectique s'arrête au primaire jeu de cubes ou, pour les plus sophistiqués, à la fausse contestation des tests d'intelligence. Il se doute bien que c'est lamentable, mais pour banaliser son insignifiance, il se cache derrière l'opinion publique (" le soleil des morts", disait Balzac), pour appeler à lyncher ceux qui se permettent de le renvoyer à son dogmatisme." Essentiellement, les gens croient ce qu'ils souhaitent croire. Ils cultivent leurs illusions par idéallsme - et aussi par cynisme. Ils suivent leurs visions parce qu'ils ont soif de religion - et aussi parce qu'ils y trouvent leur avantage. Ils cherchent une croyance qui puisse leur inspirer l'âme - et aussi leur rempllr le ventre. Ils croient, par générosité et par intérêt. Ils croient, parce qu'ils sont bêtes et parce qu'ils sont malins. Simplement, ils croient pour vivre. Et c'est précisément parce qu'ils veulent vivre que parfois ils étrangleraient volontiers quiconque serait assez insensible, cruel et inhumain pour les priver de ces mensonges qui soutiennent leur existence" (Simon Leys, "L'humeur, l'honneur, l'horreur". Editions Robert Laffont).
Pour cela il invente ou s'invente, entretient, fabrique ou ressuscite au jour le jour, des ennemis diaboliques, afin de théâtraliser son vertueux mensonge productiviste se donner le beau rôle du gentil organisateur (le coeur à gauche, le portefeuille à droite, le sexe au centre de sa " problématique" compétitive) et, ainsi psychodramatiser le faux combat entre le spectre du totalitarisme primitif et la sainte alliance des pourvoyeurs-consommateurs de stupéfaction progressiste. Indifféremment, le Frankenstein de service sera, un jour, Saddam Hussein ou Jean-Marie Le Pen, le lendemain, Charles Pasqua ou Slobodan Milosevic, le surlendemain Brigitte Bardot ou Marc-Edouard Nabe, le jour d'après Georg Haider ou un écrivaillon inconnu tel que Renaud Camus, quelquefois, pour corser la chose, un de leurs compères qui s'est aventuré sur le terrain miné de la " vraie-fausse polémique du dogme en cours, comme le merdiologue Régis Debray ou le déplaisant abbé Pierre. Ces pantins sont sans cesse brandis pour tenir en haleine le spectateur, l'effrayer avec des chimères pour le distraire de l'essentiel : l'extrême menace qui pèse sur la vie, l'irrémédiable catastrophe que représente la folie productiviste. En effet, qui peut croire que, par exemple, le grotesque Georg Haider (admirez le casting !) peut être dangereux pour la démocratie, Si ce n'est ceux qui ont intérêt à faire croire qu'elle est en danger pour rentabiliser leur quincaillerie progressiste. Cela permet également d'amalgamer les résidus archaïques (cléricaux ou monarchistes, extrême droite fasciste ou stalinienne) qui critiquent, d'un point de vue rétrograde, le modernisme sans âme pour revenir à leur obscurantisme sans corps, avec ceux qui refusent de participer, d'un point de vue révolutionnaire, aux mascarades et autres joyeusetés divertissantes de cet obscurantisme spectaculaire. Bientôt, quiconque aura le culot de ne pas parsemer ses dits et écrits, voire même ses pensées, de slogans et mots d'ordre vivement conseillés par la bienveillance menaçante de l'inquisition démocratique, sera considéré comme suspect dans un premier temps, et hérétique s'il persiste à exercer sa liberté, même légiférée. (Maintenant, dès qu'on se traite, on ne se traite plus de con, mais de fasciste, pourrait dire la chanson).
(...)Le fanatique de la démocratie vaque d'une émotion suscitée à un réflexe conditionné (la palette des émotions et réflexes s'est démocratiquement étendue, comme l'on a rajouté des maillons à la chaîne de l'esclave pour en faire un ouvrier, ou comme l'on fait repeindre ses entraves au spectateur pour qu'il se pense émancipé). Paroissiens du spectacle, il loue l'indifférence conviviale, caritative, et déteste le naturel affrontement humain (ne pas confondre avec l'hystérie compétitive et l'agressivité psychopathique). La simulation lui paraît normale, aussi naturelle que la beauté des logos ou la salacité de l'art, la destruction des quartiers anciens ou la guerre humanitaire. " L'ingérence humanitaire", comme le disent les croisés de la démocratie pour cacher le fait qu'ils détruisent furtivement, mais irrémédiablement, des régions entières pour imposer de profitables nouveaux plans Marshall concoctés de derrière les Tomahawk. Lors des guerres d'Irak, Yougoslavie et d'autres plus discrètes, les amerloques et leurs clients se sont largement servis d'armes à "uranium apauvri".(...)