Extraits du publicitaire N°5
(...)Il n'y a pas encore si longtemps combien, pour pérenniser leur carrière de maquereaux sociaux ont, sur ordre, dégoisé leurs calomnies à l'encontre des rares révolutionnaires honnêtes qui critiquaient courageusement la dictature stalinienne, notamment Panait Istrati ("'Vers l'autre flamme. Après seize mois dans l'URSS", éditions Gallimard / Folio), ou ont hargneusement déversé leur fiel sur ceux qui démontraient les horreurs du maoïsme, notamment Simon Leys (" Les habits neufs du président Mao" et " Ombres chinoises ", in " Essais sur la Chine ", éditions Robert Laflont,1998). Maintenant en France, se targuer d'avoir fait partie d'une des sordides sectes anti-révolutionnaires maoïstes est devenu un " must " à écrire en gras dans son curriculum vitae, comme il n'y aurait " pas à rougir " d'avoir milité dans une des sectes quasi-staliniennes que sont la plupart des groupuscules trotskistes. Combien de gîtons médiatiques ont, plus récemment, calomnié Georges Orwell qui, dans ses livres ("1984", "La Ferme des animaux", etc.) a si bien décrit cette espèce de stalinisme américanisé dans lequel nous survivons actuellement. Quelques exemples une commission à l'enseignement de la région de Johannesburg (Afrique du Sud) a, entre autres, supprimé du programme des classes terminales les livres "'Hamlet" de Shakespeare, parce que " trop cruel '"et "1984"de George Orwell, parce qu'il "comporte un élément de subversion contre l'État, qui n 'est peut-être plus approprié aujourd'hui "(Claude Wauthier, Le Monde, 27 avril 2001). En France, la présidence du concours national du Capes a supprimé Shakespeare du programme du dit concours pour les futurs professeurs d'anglais. Ainsi, " le professeur d'anglais de l'avenir devra enseigner une langue "clean", quasiment invisible, pour ne pas dire inaudible. Trois cents à quatre cents sons de base, de la 6° à la terminale, à raison de cinquante par an, constitueront désormais la ration de l'angliciste moyen. Si l'âne en question désire un braiment plus distingué, plus savant, il pourra toujours se brancher sur Internet, où des pitances prédigérées l'attendent. La déprogrammation de Shakespeare obéit à un programme concocté par les nouveaux "docteurs" de l'Université : toujours plus d'écrans pour cacher le vide ",comme l'écrivent Jacques Darras, Dominique Goy-Blanquet, François Laroque, Le Monde, 26 mai 2001. "Persuadez votre mère de vous acheter un portable ", sujet proposé au brevet des collèges en 1999 (Le Monde, 19/20 mars 2000). Combien ont reproché à Guy Debord sa" conception policière de l'histoire ", après qu'il a, en 1988, publié ses remarquables " Commentaires sur la société du spectacle " (" Commentaires ", sans autre précision, comme le disent ceux qui ne veulent pas que ce livre soit lu : éditions Gallimard / Folio, 20 F). Réflexion qui avait, entre autres, fait apparaître pédant, maniéré, laborieux écologisme de " l'Encyclopédie des Nuisances " (les contributions de Guy Debord à cette revue n'ont pas décongelé sa suffisance).
Maintenant, combien nés dans la sournoise inquisition à visage cyber-humain de l'obscurantisme spectaculaire, ânonnent les contrordres de "la société de l'information ", où les mots d'ordre de la profitable théosophie rebelle de " la société de communication ". Combien s'imaginent qu'en critiquant '< la société industrielle ", ils peuvent faire l'impasse sur "la société du spectacle ". C'est à dire, sur les techniques modernes d'aliénation, de persuasion clandestine, qui permettent à toutes sortes d'illusionnistes et autres spécialistes en interactivité (artistes y compris) de comploter en toute tranquillité contre l'humain. De se foutre, de plus en plus visiblement, de sa gueule encore un peu trop " d'atmosphère":" À qui faites vous confiance ? à tout. Lemonde fr "(Le Monde, 10 mai 2000), après avoir réussi à le rendre dépendant des nuisances progressistes : "Les séances de vos cinémas préférés dans votre e-mail! allocine-com " (Publicité, Le Monde, 28 décembre 2000).
Ainsi, tout ce qui ne sera pas certifié conforme ou, plus précisément, d'origine contrôlée "anticonformiste " par l'obscurantisme spectaculaire sera traité de théorie du complot " par les angéliques comploteurs professionnels ou spontanés et, en écho, répercuté à l'infini par les innombrables et sempiternels admirateurs (profiteurs ou aigris) de cette ravissante providence qu'est l'ordre des apparences. Cette moderne inquisition permet aux simulateurs de faire valoir leur médiocrité, de vendre leur impuissance et, pour les plus malins, d'entretenir l'abêtissement général à travers les multiples fêtes, foires et marchés de la rébellion pasteurisée : nuits rebelles, chorales révolutionnaires, soirées philosophiques, "performances ", et autres attroupements plus affligeants les uns que les autres, sans oublier les fausses polémiques où la confusion le dispute à l'ambiguité. Michel Bounan, et malgré toutes les réserves qu'il peut susciter, a très bien décrit la part la plus extrême de ce nouveau commerce du déchet (Waste business) " Parmi les diverses et innombrables nuisances que notre monde moderne produit spontanément, il faut considérer maintenant avec une attention particulière certaines critiques actuelles de ces mêmes nuisances, dans la mesure où elles servent à maintenir l'organisation qui les produit " (" Sans valeur marchande ", éditions Allia, 2001). Cette séparation achevée, véritable fascisme intégré, où chacun perçoit démocratiquement l'autre comme un ennemi à abattre, à concurrencer, à réduire, à utiliser ou comme un partenaire à séduire, à contractualiser (on n'est plus complices, ni amants, on est au mieux partenaires), a réussi à faire croire aux spectateurs, ahuris par tant d'émotions, que la difficile recherche de la vérité, de sa vérité, serait suspecte (pas cool), voire fasciste, Si elle ne passe pas par les canaux officiels et officieux de la psychanalyse (" La psychanalyse est cette maladie dont elle se considère elle-même comme le remède ", KarI Kraus), de la compassion, ou de la fausse critique (au mieux pinailler sur des détails alors que le monde brûle, au pire déverser de l'insensé pour accentuer le désastre). Elle a également réussi à faire gober aux drogués des apparences que la démocratie ne serait que cette confortable soumission à la morbide indifférence, électrisée par la non moins macabre compétition compassionnelle. L'aventure dans le confort, quoi! C'est ainsi que nombre de soi-disant antifascistes semblent croire que le fascisme consisterait seulement à appartenir à une organisation fasciste, ou à professer des idées racistes, nationalistes, militaristes ou misogynes. Cette grossière image leur permet de dissimuler tous les petits fascismes de leur vie courante : égoïsme, simulation, certitudes, grossièreté, indélicatesse, prétention, jobardise, susceptibilité maladive, et bien d'autres attitudes suffisantes ou méprisantes qui, maintenant, se retrouvent plus souvent chez celui qui se prétend de gauche, qu'à travers les pantomimes des quelques croûtons qui se disent de droite. En effet, l'on peut être quasiment sûr d'avoir affaire à un quidam " anti-fasciste " lorsqu'un quelconque emmerdeur pollue son environnement avec ses braillements festifs ou ses guignoleries pédagogiques, gare sa bagnole ou son scooter sur le trottoir, sort tête baissée d'un immeuble ou d'un magasin, bouscule les passants sans même s'en rendre compte, ne se bouge pas d'un pouce quand quelqu'un s'assoit à côté de lui dans un transport en commun, regarde de haut tout ce qui ne lui paraît pas convenablement émancipé ou correctement psychanalysé, traite de fascistes ceux qui osent lui faire remarquer sa grossièreté ou ses méthodes de jésuite. Pour ces innombrables connards "démocratisés ", qui se conduisent comme s'ils étaient seuls au monde, la courtoisie, la délicatesse, la prévenance, la discrétion, la parole donnée, le désir de ne pas emmerder son prochain, même le simple bon sens, ou plus encore, l'honnêteté, sont des attitudes suspectes(...) suite