Extraits du publicitaire N°5

(...)Les plus jeunes ont subi un tel bombardement intensif de bonne conscience modifiée, de crétinisme enrichi, de liberté appauvrie, qu'à la rigueur on peut comprendre, sans l'admettre. Par contre, pour ceux qui savent, qui ont connu la dernière époque où, tant bien que mal, l'homme était encore dans l'homme, et que l'on appelait un rat un rat, cela paraît sacrément douteux. En effet, malgré la très mauvaise impression que pouvait susciter René Riesel lorsqu'il se contentait de se pavaner (début des années 1970), ces derniers temps il paraissait s'être enfin décidé à combattre réellement l'organisation des apparences. Malheureusement non. Toutes ses belles déclarations, ses ronflants pamphlets qui paraissaient intéressants sur le coup, ne sont que de l'esbrouffe, que révèle mieux que de longs discours son entretien accordé à un baveur de " Libération ". Entretien qui, en plus de s'étaler sur deux pleines pages, est illustré par une promotionnelle photo de l'artiste. C'est ainsi que l'on peut comprendre pourquoi et comment il accuse Guy Debord de développer une "théorie du complot ". Comme tant d'autres, il lui reproche d'avoir durablement mis en perspective toutes sortes de comploteries, notamment celle des modernes poupées gigognes radicales - radica- radi- rad- ra :

"Le secret généralisé se tient derriére le spectacle, comme le complément décisif de ce qu'il montre et, Si l'on descend au fond des choses, comme sa plus importante opération." (Guy Debord, Commentaires sur la société du spectacle). Ainsi, comme n'importe quel bouffon médiatique qui n'a pas digéré les couleuvres qu'il a dû avaler pour apparaître : " Marre de me faire enculer et de devoir en plus payer la vaseline " (Jean-Luc Mano, chef du service politique de TF 1, L'Evènement du jeudi, 1/7 octobre 1992), ce revanchard n'a pas oublié qu'il a été" exclu, en septembre 1971, à des conditions que personne n'avait encore subies dans l'l.S.... " (La véritable scission dans l'internationale. Circulaire publique de l'Iinternationale Situationniste, éditions Fayard, 1998). En bon politicard, il délivre deux messages l'un pour ses admirateurs, l'autre pour ses acolytes. Du petit côté élitiste, il brandit sa rage post-situationniste, du grand côté populiste, son situationnisme de marché. Pour cela, il se sert indifféremment du situationnisme officieux des éditions de l'Encyclopédie des Nuisances, de quelques bons bougres qui gobent ses virulences, des crétins qui admirent tout ce qui brille " au top ", de cette espèce de béatification que lui procure l'inhérente injustice de la justice, et d'un quotidien que nombre d'imbéciles s'imaginent libre et contestataire. En effet, l'imbécile croit que la politique a été dévoyée par des mécréants, comme les trotskistes pensent encore que la dictature léniniste a été déviée par Staline, les royalistes que le sang bleu a été corrompu par le manant, les militaristes que l'on aurait pu gagner toutes les guerres perdues, les internautes qu'il suffit de cliquer pour communiquer, comme les hippies croyaient qu'en s'indifférant " les uns sur les autres ", le bonheur deviendrait spontanément obligatoire. (Actuellement, quelques déçus du situationnisme, réfugiés dans le crypto-hippysme, s'imaginent qu'il suffirait de faire la différence entre les désormais indifférentiables ciguë et ambroisie, pour avoir " une perspective anti-industrielle "). L'imbécile heureux ou malheureux est sûr et certain que, par exemple, le docteur Garretta est le seul responsable de la propagation du SIDA ou de la discrète, mais nettement plus importante, hépatite C. Que les innombrables cancers ne seraient dus qu'aux "nuit grave" cigarettes, que la pauvreté n'est qu'un dégât occasionnel du démocratique CAC 40, que son insuffisance rageuse s'apparenterait à de la résistance, ou que le désespoir est un art. Bref, il croit car il ne veut pas voir ce qu'est réellement devenue la politique. Cela reviendrait à admettre sa soumission à l'intrinsèque crapulerie de l'inquisition démocratique. Crapulerie qui a permis aux porte-flingues et à leurs acolytes des services spéciaux de prendre démocratiquement le pouvoir (temporel et spirituel). Et cela dans l'ensemble des pays dits démocratiques ou en "devenir ", c'est à dire dans tous les régimes soi-disant antifascistes ou faussement anti-mafia. Plus malheureux qu'heureux, l'imbécile s'imagine émancipé parce qu'il fornique en dehors du lit, quelquefois s'adonne mollement à la promotionnelle sodomie, ou affiche son compétitif désespoir. Il se pense rebelle, voire révolutionnaire, parce qu'il dérobe des marchandises frelatées, critique les messes caritatives tout en admirant les idoles rebelles que lui refourgue l'industrie du spectacle, milite dans une organisation hiérarchiquement anti-militante, combat religieusement le sectarisme, communique en ligne (point.con), ou lacère les affiches électorales des sales gueules désignées à la vindicte populaire, de la même façon qu'il essaie de s'enrichir au loto. Les plus sophistiqués consommeront les biologiques marchandises " anti-consommation " se goinfreront du "tiers-mythe " que leur refourgue " Le Monde diplomatique ", ou zapperont d'un cancan à un ragot encore plus radical que tout à l'heure. Les plus ardents publieront leur performante part maudite ou se produiront dans un macabre "spectacle vivant " pour nous faire croire, se faire croire à eux-mêmes, qu'entre ces deux fatalités que sont la naissance et la mort, il n'y aurait pas d'autre solution que de se soumettre aux phéromones et, ainsi, bêtement se reproduire ou, encore plus bêtement, maîtriser la reproduction. Du plus con au plus sophistiqué, le quasi ensemble de ceux qui vendent leur " avis à la population " ne cherchent qu'à nous faire gober qu'il n'ont pas peur de vivre, afin de nous cacher leur peur de mourir, quand ce n'est pas tout simplement le contraire.(...)

 

Le grain de sable