L'affaire Limonov

Edouard Limonov n'est certes pas un ange, et de loin, et quand on le considère, il est difficile de le trouver sympathique. Et lui-même, et les militants du NBP, et le journal "Limonka" sont depuis longtemps aux frontières de l'illégalité. Il n'aurait pas été dommageable de les punir pour certaines déclarations et certains appels, ainsi que pour certains actes répréhensibles, sans pour autant les mettre en prison pour longtemps et sans même (dans la mesure du possible) interdire leur publication.


Mais en fin de compte, les militants du NBP n'ont encore poignardé, mitraillé, ni mutilé personne. Ça n'est pas leur style. Leur style, c'est plutôt le "terrorisme" à coups de tomates, d'oeufs et même de fleurs : frapper le prince héritier anglais avec un bouquet de roses en signe de protestation contre l'élargissement de l'Otan, jeter des tomates sur Evguéni Zouganov (dirigeant du Parti communiste) en scandant « Guénia, il serait temps de rougir un peu », salir le costume de Nikita Mikhalkov avec des oeufs de poule parce qu'ils n'apprécient pas les liens d'amitié unissant le metteur en scène avec Brezovski et Nazarbaev…
Pas de quoi applaudir, bien sûr. Il faut régulièrement prendre des mesures de représailles contre ces actes, mesures connues sous le nom de "15 jours". Et leur infliger des amendes plus souvent, histoire d'assécher leurs ressources et de les empêcher ainsi d'acheter tomates, fleurs et oeufs.

Mais chez nous ce n'est pas comme ça que ça se passe. Pendant des années on n'a pas mis d'amende à Limonka, ni adressé d'avertissement pour violation de l'article 282, ou les appels à peine déguisés à la révolution, c'est-à-dire au renversement de la constitution par la violence. Il est manifeste qu'aucun ordre n'avait été donné à leur encontre. Et tout à coup on a mis Limonov en prison, l'accusant de complot et de création de bande armée, et on a essayé d'interdire le journal "Limonka" en trouvant à redire à deux articles qu'on peut considérer "extrémistes" seulement en en ayant vraiment envie. Manifestement, cette fois, on avait donné des instructions.

L'affaire Limonov elle-même, comme nous l'avons déjà écrit, a été fabriquée au moins pour moitié. Des partisans de Limonov à Saratov et à Vladimir ont acheté à des partisans de Barkachov 5 ou 6 kalachnikovs, séduits par un prix défiant toute concurrence… et c'est pour ça qu'ils sont détenus au départ, ainsi que Limonov (qui aurait paraît-il sanctionné cette acquisition). Les vendeurs de ces armes n'ont quant à eux pas été mis en prison, ce qui provoque les soupçons à juste titre.

"Le complot Limonov" est une farce. Quel complot peut-il exister, si l'on en discute dans les pages d'un journal et dans les livres du chef du parti ? De l'esbrouffe, sans aucun doute. Un complot, jamais de la vie.
Limonov et cinq de ses compagnons entament leur deuxième année de détention préventive (le procès a été reporté jusqu'en septembre à Saratov). Alors que des truands soupçonné de ce genre de délit sortent au bout d'une semaine. Et on libérait systématiquement les partisans de Barkachov, lorsqu'on trouvait chez eux des armes, sauf lorsque des assassinats sur contrat d'hommes d'affaires menaient les militants du RNE sur les bancs du tribunal.

L'affaire Limonov est une parodie de "lutte contre l'extrémisme" telle qu'elle a été conçue dans la loi du président adoptée par le parlement. Et à en juger par tous ses éléments cette parodie est spécialement destinée à l'Occident, peut-être pour satisfaire en particulier le président Bush, furieux des passages à tabac de Noirs américains dans les rues de Moscou. Et la nouvelle loi est un danger pour le droit et la liberté des citoyens, de même que l'affaire Limonov crée un précédent dangereux : si on peut mettre en prison un écrivain mondialement connu sous une accusation douteuse, alors personne n'est à l'abri de rien.

Vladimir Pribylovski,

Moscou.

 Article paru dans le n° 4418 de "La Pensée russe" ("Rousskaïa Misl")

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Le procès du grand écrivain franco-russe Edward Limonov approche, le 9 septembre, en principe.