Marcella MALTAIS Notes d'atelier

Marcella Maltais dans cet essai remarquable d'intelligence et de clarté procède à une mise en accusation explosive de l'art contemporain dont voici un extrait pris au hasard.

ART ET POUVOIR IMPOSTURE DE LA MODERNITE


L'art dit "de rupture" ou "d'avant-garde", sera toujours encouragé par le Pouvoir, car contrairement à ce qu'on cherche à nous faire croire, cet art ne dérange absolument rien ni personne. (Picasso ne derange pas. Les impressionnistes dérangent encore.)
Cet art va dans le sens du commerce, de la nouveauté du gadget, de la médiocrité (...)
Ce genre d'art, relié à une esthétique de la laideur dépourvu de tout esprit religieux, de tout sens et tome globalité, sera prôné et popularisé au détriment d'un art de la Beauté, de la Totalité de l'être. Cet art de la Beauté et de la Globalité est celui qui gène vraiment. Il invite à réfléchir, à se poser des questions, à refuser les idéologies artistiques acquises. Si, par hasard, cet art était montré en force, il ne pourrait que renverser les valeurs officielles proposées à l'idolâtrie des foules, tout au moins les mettre en ballottage. Alors, on ne le montre pas.
Il faut en prendre son parti, jamais l'Etat ne s'intéressera à l'art réel, car ce n est pas là sa fonction. Et les lobbies d'argent proches du Pouvoir feront en sorte que la vitrine demeure ce qu'elle est : du commerce, de la publicité, des réseaux de circulation du capital.
Rien à voir avec l'art.
COMMERCE ET RUPTURE
L'idéologie du "modernisme avant-gardiste", c'est-à-dire le culte d'une rupture permanente, est typiquement commerciale. C'est le même matraquage publicitaire que celui qui pousse à changer de modèle de voiture tous les six mois et de système de son aussi souvent : ça fait marcher le commerce.
Les grands musées et le pouvoir culturel emboîtent le pas. Et on nous donne à voir, sous prétexte de nouveauté et d'avant-garde, les nullités les plus éculées, les plus répétitives. Autrement dit, on "pompiérisme" les recherches techniques qui se sont pratiquées au début du siècle. (...)

Tout art qui a un sens sera qualifié de rétro, de démodé, de classique sans intérêt, et il sera rejeté. Car il pourrait troubler le triomphe de la vacuité moderniste.

Je pourrai citer tout le livre tant ses notes sont remarquables de clarté, de synthèse, de sens, de lucidité. Peintre elle-même, Marcella Maltais sait de quoi elle parle puisque son initinéraire l'a conduite de la peinture abstraite à la peinture figurative. Elle met aussi en corrélation l'abandon de la spiritualité et du sacré avec cet art devenu superficiel et de plus en plus éloigné de la beauté.

Pour elle la peinture est un chemin, un moyen de connaissance, une ascèse. Les œuvres n'en sont que la trace, le résidu alchimique… La peinture n'est pas le sujet ou l'absence de sujet : la peinture, c'est la lumière… Incarnée par la couleur, la lumière est aussi la finalité de l'œuvre.

MALTAIS Marcella, Notes d'atelier, Écrits des Hautes-Terres, coll. " Calepins ", 2006, 114 p

Fabrice Trochet le 5 novembre 2006