Daniel Mermet et le pétition de la haine
Pendant une semaine au mois de juin 2001, Daniel Mermet a consacré son émission quotidienne sur France-Inter "Là-bas si j'y suis" au conflit israélo-palestinien. Au début de chaque émission un répondeur diffusait des réactions d'auditeurs sur ce conflit.
Certains
de ces messages ont été jugés antisémites par l'association Avocats sans frontières,
présidée par Me Gilles William Goldnadel, l'Union des étudiants juifs de France
(UEJF) et la Licra, qui ont assigné, Daniel Mermet et Jean-Marie Cavada, président
de Radio France, devant la 17e chambre du tribunal de Paris pour "incitation
à la haine raciale". Avec à l'appui, des témoins de poids : les philosophes
Alain Finkielkraut et Pierre-André Taguieff - qui n'a pu se déplacer -, le journaliste
Alexandre Adler et Roger Cukierman, président du Conseil représentatif des institutions
juifs de France (CRIF).
Aucune
peine n'a été requise à l'encontre du journaliste de France Inter Daniel Mermet,
qui comparaissait devant le tribunal correctionnel de Paris.
Mis en délibéré, le jugement sera rendu le 10 juillet.
Profitant de sa notoriété une pétition en sa faveur a été signée par différents intellectuels et diffusée par de nombreux médias. Et pourtant la violence des propos anti-israéliens des messages tenus lors de cette émission ne méritaient pas d'être défendu. Daniel Mermet s'est bien empressé d'expliquer que les mots prononcés n'engageaient que les auditeurs mais il n'a fait, à aucun moment, appel à la réflexion ou à la modération, si nécessaire à une époque où les Juifs de France sont quotidiennement victimes d'agressions.
L'extrême droite a maintes fois été condamnée pour des propos nettement moins
violents que ceux entendus lors de ces émissions. Ce n'est pas parce que l'on
se situe dans le camp du progrès que l'on peut y échapper. Au contraire ! La
loi doit être la même pour tous. Comme le remarque judicieusement Alain Finkielkraut
dans son excellente émission Répliques du 29 juin 2002 "Au nom de l'humanité
on peut dire des choses absolument horribles sur les juifs mais lorqu'on le
dit au nom de l'identité, il y a une forte mobilisation antifasciste". A
notre époque où les tensions entre les communautés sont très profondes, on doit
prôner le dialogue. Et malheureusement, la France est l'un des pays occidentaux
où les actes antisémites sont les plus important. Ce n'est certainement pas
en attisant les haines des uns contre les autres que l'on résoudra l'antisémitisme.
Les lamentations de Daniel Mermet seraient bien plus convaincantes s'il avait protesté ne serait-ce qu'une fois contre la censure d'un mal-pensant ou contre l'interdiction d'un livre en France. Bien sûr il s'en prend facilement à la censure régnant à l'étranger. Récemment, il s'est attaqué à l'Italie un pays presque dictatorial selon ce journaliste alors que la pluralité de la presse est bien plus importante qu'en France. L'amusant, c'est que Daniel Mermet s'était surtout signalé par la dénonciation de tous les propos qu'il jugeait raciste ou antisémite. Ainsi Houellebecq fut un des ces cibles. L'écrivain Renaud Camus a lui aussi été attaqué pour son livre Campagne de France. Cela n'a jamais offusqué Daniel Mermet et tous ceux qui ont signé cette fameuse pétition.
Aujourd'hui plus que jamais, notre époque est celle de la confusion et de la perversion où le mal se pare de la forme du bien ; les chantres de la tolérance et de la fraternité deviennent intolérants, voire haineux. En France tout est fait pour diviser les individus, les communautés, les pousser à se battre. Les associations devraient œuvrer pour le dialogue et non exciter l'être passionnel.