WILLIAM MORRIS: L'ÂGE DE L'ERSATZ et autres textes contre la civilisation moderne "Éditions de l'encyclopédie des nuisances"
Ce livre permet de découvrir quelques articles et conférences jusqu'ici inaccessibles en français. Même un siècle plus tard, ces critiques sur la civilisation industrielle et le travail mérite encore le détour. L'explication du titre de son recueil est donnée par cette conférence prononcée le 18 novembre 1894 à Manchester.
De même que l'on nomme certaines périodes de l'histoire l'âge de la connaissance, l'âge de la chevalerie, l'âge de la foi, etc..., ainsi pourrais-je baptiser notre époque "l'âge de l'ersatz". En d'autres temps, lorsque quelque chose leur était inaccessible, les gens s'en passaient ne souffraient pas d'une frustration, ni même n'étaient conscients d'un manque quelconque. Aujourd'hui en revanche, l'abondance d'informations est telle que nous connaissons l'existence de toutes sortes d'objets qu'il nous faudrait mais que nous ne pouvons posséder et donc, peu disposés à en être purement et simplement privés, nous en acquérons l'ersatz. L'omniprésence des ersatz et, je le crains, le fait de s'en accommoder forment l'essence de ce que nous appelons civilisation.
Propos pertinents aussi sur l'architecture -un thème toujours d'actualité- : L'architecture, en effet, après une lente décadence, s'éteignit - du moins comme art populaire - précisément à l'époque où l'on commença à connaître l'art du Moyen Age. Si bien que le monde civilisé du XIXe siècle n'a point de style propre, malgré sa connaissance de ceux des siècles antérieurs. Cette lacune et ce progrès ont fait naître dans l'esprit des hommes l'idée saugrenue de restaurer les monuments anciens ; idée non seulement étrange, mais fatale, qui tend à supprimer d'un édifice telle ou telle partie de son histoire, c'est-à-dire de sa vie, puis à interrompre cette intervention à quelque point arbitrairement choisi, et à laisser ainsi ce monument à la postérité tel qu'il fut, ou plutôt aurait dû être, originellement(...)
Une église du XIe siècle pouvait être agrandie ou modifiée au XII°siècle - au XIIIe, au XIVe, au XVe, au XVIe, ou même au XVII° et au XVII° siècle chacun de ces changements, s'il détruisait une part de l'histoire, lui en substituait néanmoins une autre, a savoir l'esprit vivant des oeuvres du temps.