Dans
le dernier numéro de sa revue Nouvelles de nulle part Jean-Marc
Mandosio signe un très beau et surtout intéressant texte intitulé "
De la polémique considérée comme un des beaux-arts ". Il défends et explique
ce qu'est vraiment la polémique ".
"Aujourd'hui, le besoin se fait plutôt sentir de réhabiliter cette forme
d'expression déconsidérée par un conformisme hypocrite, en un temps où l'on
préfère souvent l'insinuation sournoise à la polémique déclarée, qui a au
moins le mérite de la franchise. " Il cite pour cela Pierre Jourde avec son
récent ouvrage à caractère pamphlétaire La Littérature sans estomac
qui répond aux arguments le plus souvent brandis contre la polémique: "on
estime en général qu'une critique négative est du temps perdu. Il conviendrait
de ne parler que des textes qui en valent la peine. Cette idée, indéfiniment
ressassée, tout en donnant bonne conscience, masque souvent deux comportements
: soit, tout bonnement, l'ordinaire lâcheté d'un monde intellectuel où l'on
préfère éviter les ennuis, ou l'on ne prend de risque que si l'on en attend
un quelconque bénéfice, où dire du bien peut rapporter beaucoup, et dire du
mal, guère; soit le refus de toute attaque portée à une oeuvre littéraire,
comme si, quelle que soit sa qualité, elle était à protéger en tant qu'objet
culturel. (…)Soit, dit-on encore, mais pas d'attaques personnelles. Pourquoi
citer des noms? [...] Parce que nommer qui l'on vise fait partie de la déontologie
du critique. [...] Il est un peu trop facile de mentionner des adversaires
vagues, des entités collectives. Celui qui accuse, en nommant, s'expose. Il
donne au moins à l'auteur mis en cause la possibilité de répondre".
Qu'est-ce qu'un " bon pamphlet " ?
Il
ne doit pas être seulement "écrit dans un style incisif, drôle, etc., visant
une personne, un groupe ou une institution" mais être solidement argumenté
"reposant sur des faits bien établis. Sans ce dernier ingrédient, la polémique
s'apparente à un simple jeu de massacre, et il faudra alors considérer, précisément,
les Bagatelles pour un massacre de Louis-Ferdinand Céline, où la "
petite musique " se déploie dans un délire antisémite d'une virulence inégalée,
comme l'un des meilleurs pamphlets du monde. "
"(…)un mauvais pamphlet tombera à plat s'il est mal écrit, mais ratera sa
cible s'il est mal étayé : la polémique, en effet, ne consiste pas à diffamer,
mais à donner au lecteur les moyens de juger en connaissance de cause. "
Cela exige aussi un minimum de clarté " par quoi les éventuels défauts de
l'argumentation se révèlent beaucoup plus facilement que dans un discours
volontairement confus, où l'on n'est jamais tout à fait sûr d'avoir compris
ce que l'auteur voulait dire. "
Où est l'espace public ?
" La polémique suppose l'existence d'un espace public où puisse s'exprimer une pluralité d'opinions: où il y a démocratie, il y a nécessairement polémique. Ceux qui récusent la polémique au prétexte qu'elle constituerait une forme de violence -certains disent une " confiscation de parole " - ne sont-ils pas aussi ceux qui prônent l'exclusivité de la parole autorisée, dépositaire d'une tradition incontestable, seule source de vérité? "r.
Impostures philosophiques ?
Il s'attaque aux impostures philosophiques a un " certain nombre de penseurs contemporains, ayant renoncé à toute recherche de clarté dans la pensée et dans l'expression, se laissent aller à de véritables logorrhées. Ils constituent a priori une cible parfaite pour les satiristes et les polémistes, mais ces derniers n'ont pas été très nombreux à s'y attaquer. " Pour cela il n'hésite pas à citer un texte de Jacques-Alain Miller et Jean-Claude Milner qui ne veut absolument rien dire.
Et la radicalité?
Jean-Marc Mandosio analyse un tract issu d'un groupuscule italien faisant l'apologie des attentats du 11 septembre 2001. C' est un concentré de " rhétorique de l'extrémisme " : on y trouve en effet " la simplification à outrance, le pathos de l'identification (accompagné d'un dédain affiché pour le moralisme conventionnel), un nihilisme apocalyptique mâtiné de références à la tradition marxo-situationniste, et une absence totale de rigueur dans l'argumentation ".
Polémique?
Jean-Marc Mandosio nous livre une correspondance avec les responsables du " Café théologique " de Caen mais l'interlocuteur a cherché à éluder les questions essentielles, prouvant alors qu' " il n'y a plus guère de discussions possibles, sinon sous forme du conflit-autrement dit de la polémique."
Il procède aussi à un examen des discours suscités par le livre de Michel Bounan " L'Art de Céline et son temps " où il souligne les arguments de mauvaise foi de ses détracteurs " allant jusqu'à le faire soupçonner de négationnisme, ce qui en conviendrait aisément, n'est pas rien. " On pourra remarquer ce texte rempli de citations de part et d'autres est très difficile à suivre.
Voilà une revue d'un remarquable intérêt car elle s'aventure sur des sujets que peu de revues osent aborder, mais hélas la maquette est toujours aussi austère.
Adresse et contact de la revue Nouvelles de nulle part : Jean-Marc Mandosio, 91 bis rue d'Alésia,75014 Paris.