Résidence

Jean-Pierre Théolier n'est pas un inconnu pour les angevins, c'est l'ex-guitariste /chanteur de Seconde chambre(1983-1989) et Explosive Coolies (1992-1996). Selon sa bio, il a aussi tâté à toutes sortes d'activités : tailleur de pierre et balayeur en Anjou, magasinier aux Muraux, cultivateur de piments au Gabon et professeur à Canton. Et maintenant il vient de basculer du côté de la littérature avec ce premier roman . Il ne pouvait pas mieux faire.

Résidence est un roman total, global, singulier, un prototype atypique, un récit complètement dynamité mêlant réalité et fiction, espace physique et territoire mental. Ce recours aux multiples formes de récit nourrit une oeuvre fragmentaire, dont la somme des parties hétéroclites offre en creux un portrait de l'auteur qui en plus de ses réflexions métaphysiques se met en scène.

Tout au long de ces 520 pages, on est pris dans un sulfureux voyage parfois suffocant lorsque la ponctuation vient à disparaître mais toujours d'une très grande puissance.. La changement de narrateur semble quelquefois déconcertant. Le langage cru et d'autres fois plus riche avec ses mots rares, les dialogues interminables, l'intégration de journal de voyage, lettres, messages de répondeur téléphonique, tout cela nous impose un rythme essoufflant dont on ne ressort pas indemne.

Ce roman est une descente aux enfers de Sedan/Théolier(?) entouré d'amis marginaux aussi accrocs que lui à l'alcool et à diverses drogues. Sedan navigue sans cesse entre le café où il ingurgite de nombreuses boissons alcoolisées, la pharmacie où il se procure des quantités impressionnantes d'amphétamines et autres psychotropes à l'aide d'ordonnance falsifiée, et une étrange demeure, un lieu maléfique. L'architecte de cette maison, Sylvain Rabeau " présence 58 " est rappelé des morts pour le service d'une mystérieuse brigade des sentiments afin d'éliminer Sedan et ses amis. Sedan résiste mais Noël le Ouf se suicidera. Florence avec qui Sedan aura une aventure amoureuse tombera dans la folie.

Résidence est avant tout le récit d'une rédemption qui va le mener jusqu'à l'évangile et ainsi retrouver le chemin de la vie. Dans la postface en forme de concession, il s'en explique très clairement " Je vois que l'époque ne porte pas vers la doctrine du Christ. L'époque ne fait pas des gens humbles.
Voilà ce que je sais, l'époque n'est pas que mauvaise, bien sûr, mais elle ne rend pas humble. Et qui ne dit pas humble, finira par dire désespéré, incapable d'aimer. Finira par dire : en enfer. Voilà ce que je crois.
Or nous n'avons pas tirés du néant à chaque instant pour souffler éternellement. Si c'est un passage, si ça l'a été pour moi, je ne le souhaite à personne. Je n'affirme pas qu'il est un passage obligé, qu'il doit être visité par tous. Il y a cependant des leçons à tirer de cet endroit à l'envers… Assez parlé de l'enfer !
Sachez qu'on ne lit jamais assez l'Évangile
. Cette parole m'a parlé et je ne voulais pas prêter l'oreille ; elle me parle, et je crois qu'elle parle à tous dans tout et par tout.
Il faudrait prier, prier sans cesse. Moins de politique et plus de prière.
"

Fabrice Trochet

Résidence , Jean-Pierre Théolier , Calmann-Levy, 2004, 521p.

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