Révolte consommée Le mythe de la contre-culture

U n essai très passionnant de Joseph Heath et Andrew Potter intitulé: Révolte consommée. Le mythe de la contre-culture vient de paraître chez Naïve . Explosif ! Vraiment rafraîchissant, insolent et pertinent! Il s'agit d' une analyse impitoyable, écrite dans un style clair et précis des milieux de la contre-culture notamment des antipublicitaires et de la manière dont ils sont finalement récupérés par le capitalisme.Tout cela est illustré de nombreuses anecdotes.
Voici un extrait de l' introduction de ce livre « Septembre 2003  constitue un tournant dans le développement de la civilisation occidentale. Ce  mois-là,   le magazine Adbusters (Casseurs de pub  en France) commença à accepter des commandes pour le Black Spot Sneaker, sa propre marque de chaussures de sport "subversives". Depuis, aucun être sensé ne peut encore croire qu'il existe une contradiction entre la culture « dominante » et la culture "alternative". Depuis, il est devenu évident pour tout le monde que la rébellion culturelle,qu';illustre parfaitement  Adbusters, ne constitue  pas une menace pour le système ... mais qu’elle est le système.
Fondé en 1989, Adbusters est le périodique phare du mouvement de brouillage culturel. Il est surtout connu pour avoir lancé la Journée sans achat ( Buy Nothing Day) qui s'est répandue, ensuite, dans plus de cinquante-cinq pays. »

 Ces deux essayistes mettent à nu les mécanismes de récupération par le capitalisme de ces milieux de la contre-culture (altermondialisme, radicaux divers, écologistes radicaux) dont l'émergence a eu pour résultat de créer de nouveaux marchés et de renforcer le système, au lieu de combattre ses perversions et ses excès. A la fois histoire de la pop culture, manifeste politique et analyse sociale, cet essai propose un vrai débat, s'amuse à remettre en question les personnalités les plus médiatiques de la contre-culture ( Michael Moore, Naomi Klein... ) et aussi les intellectuels français (Baudrillard, Debord).

On y trouve de nombreuses réflexions vivifiantes et tous ces thèmes porteurs comme ce désir de "distinction"( "être cool", "être alternatif") ,ce besoin de se démarquer de la masse conformiste et vulgaire, de se détourner des masses populaires en essayant de les ringardiser " Les critiques ont tendance à dénigrer les goûts populaires " et même d' " idéaliser la criminalité ".
Ces rebelles dénigrent plus facilement les paroles des rappeurs blancs comme Eminem " souvent anodines par comparaison avec une grande partie du hip-hop noir contemporain". Cette contre-culture a aussi une vision idyllique de l'orient et se tournent vers toutes ces formes de spiritualité au détriment de nos religions traditionnelles. Ils se réfugient dans la culture " la plus radicalement différente de la nôtre ". Leur préoccupation principale est l'évasion.

Ces deux auteurs pensent aussi que l'économie de marché est le moins mauvais des systèmes.
Les solutions qu'ils proposent si on veut aller dans le sens de la décroissance afin de moins consommer sont la diminution du revenu de chacun ; hélas c'est une alternative que l'on ne veut guère voir.

Fabrice Trochet

Révolte consommée, le mythe de la contre-culture " ; Joseph Heath et Andrew Potter ; Editions Naïve ; 430 pages

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