Danièle Sallenave : Lettres mortes Editions Michalon
Très joli titre d'un essai sur la situation alarmante de l'enseignement national . Hélas tous ces avertissements restent lettres mortes. Cette enseignante n'hésite pas à dire ouvertement que le niveau n'est pas bon. Cet essai ou plutôt ce pamphlet est rempli d'humour et savoureusement écrit.
Oui,
l'Ecole (...)est contraignante(...) chacun s'accorde à considérer
que le sport demande du temps, de l'effort et qu'on y pratique nécessairement
une sélection : en d'autres termes, qu'il est profondément mais
non injustement inégalitaire.
Or ce sont ces deux points que récuse entièrement l'idéologie
qui prévaut à l'école, de la maternelle à l'université.
En acceptant tout le monde dans les universités on met les jeunes
gens, pendant deux, voire trois ans, hors des statistiques du chômage.
Et à quoi bon un vrai apprentissage de la réflexion, du goût
et du jugement quand tout ce que demande la moderne société
de consommation, ce n est pas un citoyen actif, mais un employé mal
payé, rivé à ses traites, à ses visites au supermarché,
à sa télévision débilitante ? Si le monde est
entièrement soumis aujourd'hui, jusque dans ses inégalités
de développement, à la volonté de faire circuler des
marchandises et de les vendre, pourquoi former de vrais diplômés?
De faux diplômés joueront tout aussi bien le rôle. Ce n'est
plus une société, c'est un Monopoly(...)
On
en revient à cette idée paresseuse et commode que l'échec
est un scandale. Pour y répondre, avant de dire que le diplôme
est automatique, il fallait inventer une sorte d'examen sans risque (ou à
risque minimal). Ce genre d'examen à risque minimal s'appelle contrôle
continu.
Le contrôle continu n'est pas " plus juste "qu'un examen; sauf si
on postule que l'examen est la perte de la connaissance générale
des textes les plus communs de notre culture, l'ignorance des langues anciennes,
ou de l'état ancien de notre langue quand ce n'est pas de la langue
écrite d'aujourd'hui, rendent de plus en plus problématique
un enseignement des Lettres. Il n'est pas jusqu'à la déchristianisation
(au sens culturel, non au sens religieux) qui n'ait des effets négatifs
et ne rende parfois impossible la lecture de textes classiques, donc le partage
et la compréhension de la réflexion qui les animait.
Danièle
Sallenave ainsi que tous les vrais "enseignants" (au fil de tous les temps,
de toutes les civilisations), ont toujours défendu cette idée
toute simple : seul celui qui peut penser par lui-même est vraiment
libre, celui-là seul qui n'est pas (complètement) ignorant saura
résister aux deux plus terribles maux que l'humain doit affronter sans
cesse. L'obscurantisme et la démagogie.
Enseigner - quoi qu'on enseigne mais la grammaire et la langue surtout
-, c'est toujours vouloir accroître la liberté, la pensée,
l'autonomie de ceux qui vous sont confiés. Car, répétons-le,
si le langage est une arme, et un instrument de pouvoir, dont usent les puissants
dans leur entreprise de domination, alors il faut s'employer à la remettre
entre les mains des moins favorisées. C'est un instrument de pouvoir?
Eh bien, donnons le au peuple! Tout le pouvoir au peuple! C'est ça,
la démocratie.