Salon du livre : la polémique

Cette année, le 22ème salon du livre se tiendra du 22 au 27 mars à Paris avec pour invitée vedette l'Italie. Une fois de plus, la France s'est distinguée, par l'intermédiaire de notre ministre de la culture Catherine Tasca, en provoquant récemment un petit scandale par l’annonce à deux reprises de son refus d'inaugurer ce salon car elle se verrait alors contrainte de serrer la main au président du conseil italien Silvio Berlusconi. De telles déclarations ont provoqué un tollé en Italie et un concert de protestations, même parmi les farouches opposants à Berlusconi. Certes, le gouvernement italien se dirige vers une nouvelle forme de totalitarisme :  un totalitarisme ultra-libéral beaucoup plus proche de la société française actuelle que de l’époque mussolinienne. S’il faut dénoncer cette dérive, c’est hélas celle  qui envahit toutes les sphères de la société de consommation  beaucoup plus insidieusement que le fascisme mussolinien qu’avait si bien prophétiquement annoncé Pier Paolo Pasolini

 «  En revanche, le nouveau fascisme, la société de consommation, a profondément transformé les jeunes; elle les a touchés dans ce qu'ils ont d'intime, elle leur a donné d'autres sentiments, d'autres façons de penser, de vivre, d'autres modèles culturels. Il ne s'agit plus, comme à l'époque mussolinienne, d'un enrégimentement superficiel, scénographique, mais d'un enrégimentement réel, qui a volé et changé leur âme. Ce qui signifie, en définitive, que cette " civilisation de consommation " est une civilisation dictatoriale. En somme, si le mot de " fascisme" signifie violence du pouvoir, la " société de consommation " a bien réalisé le fascisme. » Écrits corsaires de Pier Paolo Pasolini

En France,  n’avons nous pas un président de la république aussi inquiété, une télé-poubelle, des pressions politiques sur les juges? De plus la liberté de la presse en France n’est pas si considérable. Allez en Italie : vous verrez une diversité de la presse que l'on ne trouve plus en France. D’ailleurs beaucoup de journaux ne soutiennent pas Berlusconi : L'Unita, La Repubblica, Liberazione, il Manifesto. Nombre d'intellectuels frisent l'imposture lorsqu'ils mettent sur le même plan l'Italie de Mussolini et de Berlusconi. 

Deux poids, deux mesures


 Pendant ce temps M. Duffour secrétaire d'état au ministère de la culture française s’embarquait pour Cuba afin de célébrer le salon du livre et serrer la main de ce grand homme de liberté qu'est Fidel Castro. Nous avons vu peu d’intellectuels français protester contre ce pays où la presse est bâillonnée. Ignacio Ramonet n’a même pas eu de scrupules à présenter sa conférence en présence de Castro ayant pour titre "Un délicieux despotisme". « Celui de la puissance américaine qui s'est insinuée en chacun de nous par le charme de ses feuilletons, de ses films et de son industrie publicitaire. L'auteur explique au passage aux journalistes cubains, qui fréquentent d'assez loin la liberté, combien la presse américaine est soumise. Assez cocasse, et pas un mot sur le socialisme cubain. L'ensemble a duré quatre heures. Les exilés cubains rappellent volontiers que la forteresse de la Foire du livre, le «Morro», était naguère une prison humide et violente; un lieu où fut emprisonné, avec les homosexuels et les prisonniers de droit commun, l'écrivain Reinaldo Arenas, qui servait d'ailleurs d'écrivain public à ses codétenus. » Libération du 15 février 2002

Si cette dérive berlusconienne est intolérable, n’oublions pas les véritables dictatures qui sévissent encore dans de nombreux pays (Corée du Nord, Arabie Saoudite, Chine, etc.) où la liberté d’expression est totalement bafouée et la peine de mort  toujours appliquée. Le bon sens serait de dénoncer toutes les dérives autoritaires et ceux quels que soient les régimes.

Fabrice Trochet