Onomastique zapatérienne

(… de Zapatero, pas de Zapata)

« Il faudrait être fou pour ne pas se fier aux apparences »

Oscar Wilde

            La plupart des médias espagnols ont adoptés en très peu de temps l’abréviation « ZP » pour nommer M. José Luis Rodriguez Zapatero. Cette preuve évidente de sympathie des médias de gauche et du centre (M. Aznar, par exemple, n’a jamais eu droit à de tels égards et son prédécesseur, M. Felipe Gonzalez Marquez, avait plus prosaïquement écopé d’un « FG »), passé au crible de l’anthroponymie médiatique, se révèle pleine de sens et d’une certaine façon, matérialise toutes les contradictions et les phantasmes cristalisés autour du personnage.

Considérations générales

            Il est courant d’affubler les personnages médiatiques d’initiales aux assonances peu banales. C’est le cas en France, par exemple, où des personnalités du monde politique et journaliste sont réduites à des PPDA ou des JJSS. En générale, ces abréviations s’appliquent à des noms interminables. Le jeu s’arrête à la musicalité du mot et ne cherche en aucun cas à illustrer autre chose.

            Les Espagnols sont, eux, les premiers inventeurs et les premières victimes de la picaresque et chaque surnom, chaque pseudonyme, chaque abréviation, renferme quelque délicieux poison qui est d’emblée consommé avec immodération par l’ensemble de la population.

            Cette dernière trouvaille, « ZP », est le signe d’une santé et d’une fraîcheur retrouvées… Cette vivacité dans l’œil et le teint se faisait désirer.

            La première question qui se pose est la suivante : comment en sommes-nous arrivés à « ZP » avec un nom aussi long et aussi éloigné de l’origine : José Luis Rodriguez Zapatero ? En effet, en suivant la logique de « FG » pour Felipe Gonzalez, nous voyons ici que le prénom et le premier nom de famille ont été rejetés. Il faut dire que le jeu sur Rodriguez, le Martin français, outre le fait d’être galvaudé (Rodriguez signifie, fils de Rodrigue, Gonzalez, fils de Gonzalo, etc.), n’a rien de très excitant.

            Zapatero signifie « savetier » ou « cordonier ». Pour un socialiste en campagne, dans un pays encore très rural, avouons que ce n’est pas mal. Le « Z » de Aznar se trouve donc ici surpassé aux yeux des masses par la majuscule de son successeur. M. Aznar et son clan, rappelons-le, ne viennent pas du peuple ; le père et le grand-père de l’ex président, par exemple, furent tous deux très bien lotis pendant la longue époque franquiste. Sa femme, Mme Ana Botella, considérée un modèle de bécébégisme, s’est toujours revendiquée d’un intellectualisme « nouveau riche » traditionnellement exécré par le peuple espagnol. A tout cela est venue s’ajouter une réputation « d’inaccessibilté » et d’arrogance qui tranche avec la simplicité de M. Zapatero et, dans un spectre plus large, de la famille royale.

            Mais la raison fondamentale d’une telle abréviation réside dans l’analogie avec le célèbre révolutionnaire mexicain, Emiliano Zapata. Outre les références idéologiques, les deux noms ont la même étymologie et une forte similarité

phonétique : Zapata/ Zapatero.

M. Zapatero, un produit caustique

            « ZP », prononcé « zéta-Pé », fait penser en espagnol à un produit chimique, à un insecticide ou à un désherbant… A un produit toxique efficace contre les parasites et la vermine mais dangereux, voire létal, à fortes doses –on se souviens tous du Ziclon-B des Nazis, qui à l’origine n’était qu’un puissant désherbant-, et susceptible de provoquer des catastrophes s’il tombe dans des mains peu scrupuleuses.[1]

            La forme du Z, fait immanquablement penser à un super héros ; Zorro, ou la S géométrique de surperman. Elle fait aussi appel à l’usage pas toujours magnifiant d’une ribambelle de super héros de bandes dessinées underground et autres fanzines, « Super Lopez », par exemple. Le Z, valorisant ou dénigrant, est destiné aux héros, aux tâches surhumaines, aux exploits et au danger ; alors que le X, par exemple, est désormais le monopole du porno ou de l’absence.

***

            Le pouvoir évocateur et la force ambivalente de la culture espagnole ne sont plus à démontrer. Il suffit de connaître son quotidien et la température de la rue pour comprendre que ces initiales « ZP » renferment les plus sérieux doutes à l’encontre de la nouvelle coqueluche des médias. Paradoxalement, il n’est pas un Espagnol qui doute de son honnêteté et de sa bonne volonté. Ses détracteurs répondent que c’est cette même bonne volonté qui asphalte les chemins de l’enfer…

            Mais franchement, l’esprit pétillant espagnol, si enclin à la représentation graphique de l’ironie ne peut s’empêcher d’imaginer un Rodriguez Zapatero ouvrant violemment sa chemise et bombant un torse barré d’un grand Z…

Philippe Nadouce écrivain, a publié "Cahiers madrilenes " aux Editions N. Philippe en 2002, coll. Le Manuscrit.

Londres, le 20 avril 2004



[1] Lire l’article du même auteur sur le site: « L’effet Zapatero ; un mirage politique ? »