PAS UN PAS SANS ZAPPA
La connaissance que nous avons
de Frank Zappa, sur le plan chronologique et disons
anecdotique est désormais satisfaite grâce aux travaux de Michael Gray, Julian
Colbeck, Barry Miles, Neil Slaven, Greg Russo et Kevin Courrier. L’ensemble
de ces études fournit un corpus susceptible de suivre pas à pas le parcours
du compositeur américain. Il importe désormais d’approfondir le champ de la
réflexion, de comprendre, par exemple, les implications musicologiques, philosophiques
et politiques de l’apparent farceur dans l’évolution de la pensée. Une fois
établie, de façon aussi cohérente que possible, la matière biographique responsable
de l’oeuvre, il convient d’examiner dans le courant des actions menées par
Zappa, les éléments innovants susceptibles d’ébranler certains codes, de miner
les normes culturelles. L’écrivain anglo-saxon Ben Watson s’est aventuré brillamment
sur ce terrain. En France, Guy Darol conduit depuis 1996 une passionnante
réflexion qui s’inscrit dans l’espace de l’essai littéraire. En effet, avant
de saisir à bras-le-corps l’oeuvre de Frank Zappa, Guy Darol a publié de nombreux
livres et articles sur André Hardellet, Joseph Delteil, Luc Dietrich, François
Augiéras, Antonin Artaud… Il a collaboré à Libération, au Magazine Littéraire, à Quoi
Lire et à la revue Roman, autrefois
dirigée par François Coupry et Erik Orsenna.
C’est un spécialiste des marges
de la littérature du 20ème siècle et, à ce titre, il ne pouvait
développer qu’une pensée cultivée sur l’oeuvre si singulière de Frank Zappa.
Dans son essai Frank Zappa, l’Amérique en déshabillé (Le Castor Astral, 2003), il expose les arguments qui mettent en relation la musique de Zappa avec les horror comics, le cinéma d’animation, la musique électronique, Dada, Fluxus, les fictions de Kafka et de Burroughs. Il montre, par ailleurs, que l’implication musicale menée à l’extrême rejoint l’engagement politique. La liberté d’expression (que l’auteur de Frank Zappa Meets The Mothers Of Prevention, Rykodisc, 1985) est toujours menacée par les agents de la CIA et du conservatisme.
Guy Darol articule très intelligemment l’orientation avant-gardiste chez Zappa
à la nécessité du politique. Il s’agit d’un ouvrage considérable, subversif
en quelque sorte puisqu’il sort la musique (et en particulier la rock music) du cadre dans lequel les critiques
la maintiennent. A savoir celui du fait divers, de l’écume ou de l’esbroufe.
Frank Zappa, l’Amérique en déshabillé aborde
sérieusement (et pourtant avec humour) l’un des acteurs essentiels de la musique
contemporaine avec John Cage, Luciano Berio, John Zorn et quelques autres.
Le livre donne en annexes de nombreuses informations bibliographiques, discographiques
et filmographiques très utiles pour comprendre la place de Zappa dans la culture
du 20ème siècle.
Guy Darol présentera Zappa,
le 2 décembre 2003, au Carré Magique de Lannion (Côtes d’Armor). Cette
conférence sera suivie à 21h d’un concert hommage du guitariste de jazz Pierrejean
Gaucher qui sera entouré pour l’occasion de Bobby Rangell, qui fut le saxophone
de Gil Evans ; du bassiste Jean Wellers, sideman de Tuffic Faroukh ;
du pianiste Benoît Sourisse et du batteur André Charlier, accompagnateurs
de Didier Lockwood depuis 1994.
Renseignements : 02 96 37 19 20
Laurent
Meredith